dimanche 29 avril 2012

Marie Christine, ma conscience, et moi

Marie Christine a le regard encore bien triste.
Son divorce a été prononcé cette semaine, et l'embellie relative de ces derniers temps a été mise à mal par cet ultime épisode douloureux. Le travail de deuil est irréversiblement engagé.

Ce soir elle nous a accompagnés à cette soirée concert. On avait insisté, parce qu'on considérait qu'il était impératif qu'elle ne passe pas la soirée seule, parce qu'elle ne devait pas se laisser abattre.
Elle a accepté pour nous faire plaisir. Elle n'avait ni l'envie, ni la force d'y aller. Mais avait encore moins ni l'envie, ni la force, de lutter pour décliner notre invitation. Elle n'a pas voulu tenir tête, ne se sentait pas de taille face à notre insistance. Elle s'est laissée porter, en se faisant violence, et sans doute cette énergie qu'elle va y laisser ce soir lui fera encore plus cruellement défaut demain.
Nul ne sait de quoi demain sera fait. On sait juste que de son côté ou du notre, on se réveillera avec la bonne conscience d'avoir fait ce qu'il fallait ce soir.

mardi 10 avril 2012

A-quoi-bonisme, casse-têtes et têtes à queue..

"Où mènent ces routes devant moi?
Où vont ces trains que je ne prends pas?
Les bateaux qui partent me laissent sur le quai
je commence à être fatigué..."

Encore des mots empruntés à Moustaki (cette fois ci je vous épargne ma bande-son originale :-), qui résument si bien mon état du moment...
Etat de spleen, de découragement, d'à-quoi-bonisme..
A quoi bon continuer à écrire sur ce blog somnolant?
A qui puis-je être utile?
Qui puis-je rendre heureux?
A qui puis-je faire plaisir?

Je voudrais me donner à tout le monde et pourtant je fuis la foule.
Je voudrais donner du temps que je n'ai pas.
Donner de la sensualité que l'isolement gaspille.
Je voudrais donner tout ce plaisir qui se perd dans mes accumulations solitaires.

Envie de séduire, mais je n'en ai pas les moyens.
Envie de plaire, mais je n'en ai pas l'apparat.
Envie de faire jouir, mais je suis trop loin.

La vie est courte, l'attente est longue.
On aurait tellement préféré le contraire..

Dur de voir ce temps si rare, si précieux, me filer entre les doigts.
Dur de voir ces mots, ces récits, ces confidences, ces partages autour de moi, que je ne peux saisir au vol.
Dur de voir ce temps passé à résoudre des casse-têtes quand je préférerais pimenter ce temps d'agréables têtes à queue...

samedi 31 mars 2012

Marionnettes emmêlées

Envie de fusion et confusion.
Quand, épuisés de tant de confidences et de débats, tant de jouissances et d'ébats, nous resterons allongés l'un à côté de l'autre, jusqu'à ce que le langage des mains nous sorte à nouveau de notre silence.
Comme pour grappiller, par ces ultimes caresses mutuelles, du plaisir dont on voudrait faire des provisions pour mieux vivre l'absence à venir.

Quand ta main, massant délicatement mon bâton de joie, manche de vol de notre aéroplane charnel, dirigera mes doigts au coeur de ton intimité, comme des gouvernes ajustées sur la trajectoire du septième ciel...
Quand, marionnettes consentantes entièrement manipulées par l'autre, on retrouvera cette sensation enivrante d'être le prolongement de l'autre.
Quand, rayonnants de plaisir rémanent, bercés par notre orgasme, on pourra chantonner, comme Moustaki, "je ne sais pas où tu commences, tu ne sais pas où je finis"...

 
Moustaki - Je ne sais pas où tu commences (modeste interprétation par moi même :-)

mardi 27 mars 2012

Pour la pêche aux moules, toujours :-)

Dommage je les aurais préférées en vert, car je suis fan de grenouilles. Mais tant pis, ça fera quand même l'affaire...





mercredi 14 mars 2012

L'incommunicabilité me fait chanter

Le 1er avril de l'année dernière, animé par de facétieuses intentions, j'avais étalé en ces lieux, au sens de mettre sur l'étal bien entendu, des histoires salées de pêche et de moules, de jeu à la marchande avec une rousse affriolante.
Presqu'un an après, je récidive. Car dans cette chanson de Ricet Barrier, il est question de désir non partagé, de quiproquo, d'incommunicabilité en eaux troubles.
Ce qui finalement résume bien l'ambiance du moment.
Et, parce que moi, quand je n'arrive à parler, je chante.
Et, parce qu'une petite chanson vaut mieux qu'un long discours...
Ben voilà, je ne vais pas noyer le poisson plus longtemps.
Je me jette à l'eau, tout nu, avec ma guitare et ma voix fébrile...


lundi 12 mars 2012

Créance douteuse


Moi aussi j'ai perdu mon triple A.
Son placement n'est plus à la hauteur de ses espérances.
Pourtant ces derniers mois j'avais entrepris des réformes structurelles qui commençaient à porter leurs fruits.
Et je croyais pouvoir en toucher les dividendes cette semaine.
Mais non. Ma femme ne l'a pas entendu de cette oreille.
Je nous croyais à deux doigts de l'euphorie, on a replongé dans la sinistrose.
Elle m'a abaissé d'un cran.

Une bonne semaine de grand air sur les hauts plateaux enneigés du Jura n'a pas réussi à nous rapprocher, malgré ma motivation totale pour m'affirmer en papa modèle et en époux câlin. 
La raison?
Une semaine en commun dans un chalet avec un couple de vieux amis a produit une sorte de test comparatif qui a révélé à ma femme qu'elle n'était pas heureuse avec moi, que nos copains sortaient plus souvent, qu'ils avaient plus d'amis, qu'ils écoutaient de la meilleure musique et qu'ils allaient voir des bons films au cinéma, eux. 
Bref tout ça, c'est de ma faute, et le reste aussi.
La boite à reproches s'est rouverte et j'essaie de rester zen.

Les premières bribes de dialogue à peu près exploitables indiquent que ma femme s'est mise à espérer que, en acceptant mes frasques polyamoureuses, elle deviendrait plus heureuse.
Je lui serais redevable, et donc moralement obligé de la rendre heureuse.
De quoi me plonger dans le doute. Lui aurais-je fait pareille promesse?
Certes j'ai embelli la mariée pour l'encourager à franchir le pas, mais non, je n'ai rien fait miroiter de tel.
On était bien conscient que l'amour débridé n'a rien de la formule miracle. L'amour rend meilleur, mais l'amour pluriel ne rend pas parfait.
Je suis globalement plus épanoui, plus disponible, plus impliqué, mais ça ne m'a pas transformé. 
Certains de nos chemins privilégiés pour le bonheur resteront irrémédiablement inaccessibles à l'autre.
Il y a des choses que je ne pourrai jamais lui apporter, des chemins où l'on ne saura pas se suivre. 
Ou en tous cas pas spontanément. Ou pas généreusement. Ou pas subtilement.

Si elle subit ce que l'on vit, si elle a l'impression de se sacrifier au point de revendiquer plus tard une contrepartie que je ne suis pas capable de lui procurer, si ce schéma de couple la place dans une passivité victimaire, si ça la dissuade d'aller chercher son bonheur par ses propres moyens, alors on se met gravement le doigt dans l'oeil et ces dernières années n'auront été qu'un grand malentendu.
Je vais m'armer de patience pour l'aider à se remettre debout, et infléchir son regard biaisé, lui redonner confiance en elle, en moi, en nous.
La reconstruction va être lente, mais j'en vois déjà les effets.

Peut être un jour rencontrera-t-elle quelqu'un qui lui apportera ce dont je la prive. 
On découvrira une jolie complémentarité. Ce que l'on souhaitait en se jetant à l'eau, conformément au modèle théorique idéal des amours plurielles. 
Sauf que d'ici là il y aura de quoi trembler si elle réalise qu'elle n'est pas faite pour ça et que seule l'exclusivité lui convient. Je pourrai faire les frais de ses priorités du moment, ouille...
Bref l'asymétrie dans une relation, c'est jamais le pied, mais en sortir c'est sans doute encore plus risqué... 
Au fond de moi j'espère quand même que les choses pourront se rééquilibrer un jour.

En attendant, remettre les choses à l'endroit, sortir au plus vite de ce schéma malsain créancier/débiteur. 
Je veux bien être assimilé à un (dieu) grec, la comparaison serait flatteuse. 
Mais elle, déguisée en Angela, ça lui va pas du tout.

mercredi 22 février 2012

Présent absent

J'ai le profil type du drogué.
Enchaînements d'excès et d'abstraction.
Et parfois non.

Parfois je suis quelqu'un qui vit tellement dans ses émotions, que ce qu'il ressent dans le présent lui apparaît toujours comme une vérité éternelle. Que le temps présent lui apparaît comme un horizon indépassable.
Que l'instant d'après lui semble bien trop lointain pour s'y intéresser. Quelqu'un capable de mourir pour un instant de bonheur ou de plaisir intense. Qui ne dit jamais non à l'ivresse. Même si son passé ou son avenir  lui implorent de refuser.

J'ai souvent entendu dire qu'il fallait mieux profiter du temps présent. Que l'on a toujours tendance à trop planifier, maîtriser, contrôler, et pas assez profiter. Chez moi, c'est pourtant du conseil inverse que je devrais m'inspirer.
Et me rappeler aussi souvent que possible, que de part et d'autre du "maintenant", il y a "avant" et "après", et que de tout ça on tire notre équilibre de chaque instant.
Du passé, on s'appuie sur notre instinct nourri de toutes nos expériences, sur notre capacité à traverser les épreuves et à se relever.
Du futur on tire l'oxygène qui nous fait avancer, l'espace qui nous attire à lui et nous fait tracer notre route pour jouir au mieux des "maintenant" à venir.
Belle lucidité, clé de l'équilibre, secret de la liberté que je vénère.
Lucidité parfois domptée.

Mais lucidité dilettante. Car le plus souvent, quand je veux m'extirper d'un présent trop envahissant, au lieu de prendre du recul, de m'aérer et regarder au loin, je me recroqueville et m'abstrais.

Et me voilà parti. Absent du présent.
Loin, très loin. Et pourtant proche, si proche.
Oisif dans un paradis artificiel. Fruit de mon imagination.
Un monde subtil, où l'érotisme est au coin de la rue.
Un monde frénétique aussi, de gros seins et de gros culs.
Endiablé d'arômes, embrumé d'encens,
De parfums de plaisir s'exhalant d'un brasier charnel.
Un monde de brutes dans de la douceur.
D'orgies lubriques et d'indécente candeur.

On pourrait croire que je ne peux en redescendre, que j'y suis trop accoutumé.
Et que je pourrais me consumer ainsi, à petit feu.
Sans doute jusqu'à la dose fatale.
Mais un je-ne-sais-quoi me réabsorbe soudainement, un réflexe du corps ou un sort du présent, pour me réexpulser au coeur de l'instant.
A grand cri mon corps me réclame de se frotter à un congénère, mon âme me susurre de vampiriser une âme soeur. Au point de me redonner l’énergie de me resociabiliser.
Prenez garde, je suis en manque.


lundi 6 février 2012

Jouer avec le feu (y a pas à dire, ça réchauffe !) (8ème partie)

L'attente. Dénoncé par mes soins comme responsable de tous les maux.
Voilà donc mon coupable idéal, ma tête de turc, mon bouc émissaire.
Mais d'où sors-je donc une telle posture?

lundi 30 janvier 2012

Jouer avec le feu (y a pas à dire, ça réchauffe !) (7ème partie)

Quand on joue avec le feu, on se rêve en auteur-compositeur-interprète. Mais ça ne dure qu'un temps.
On se rend vite compte qu'on n'a rien d'un virtuose.
On ne compose pas les partitions des autres. On compose avec les partitions des autres.
On réalise qu'il faut essayer de tout concilier avant qu'on ne soit obligé de passer au cran d'après. Car quand on doit réconcilier, c'est au mieux désespérément laborieux, au pire désespérément compromis.
On ne virevolte pas longtemps au dessus de la cohue, on ne plâne pas indéfiniment, en apesanteur, comme le goéland dans la tempête.
Non, on est en plein dedans. On rame.
En marchant sur des oeufs. Avec des pantalons patte d'éléphant, et de gros sabots en porcelaine.
On court après le temps.

samedi 21 janvier 2012

Jouer avec le feu (y a pas à dire, ça réchauffe !) (6ème partie)

Quand on joue avec le feu, la passion dévastatrice n'est pas le seul écueil.
Car en renonçant à l'exclusivité, on prive notre orgueil de sa ressource essentielle.
L'exclusivité. Cette potion euphorisante qui nous flatte, nous galvanise, lui donne la sensation d'invulnérabilité. Et ça, notre orgueil a du mal à le lâcher.
Ne plus être le seul, l'unique, l'irremplaçable.
N'être qu'un parmi d'autres, aux yeux de l'autre.
Ça peut sembler insoutenable.
Pourtant ça se surmonte.
C'est en fait une question d'amour propre.
Et de rééquilibrage entre orgueil et confiance en soi.

mercredi 11 janvier 2012

Jouer avec le feu (y a pas à dire, ça réchauffe !) (5ème partie)

Au bout d'une année de cette vie sociale secrète aussi captivante qu'épanouissante, je ne ressentais plus vraiment ce besoin d'aller "baiser ailleurs". En tous cas plus de la même façon.
Je ne dis pas que j'aurais pu indéfiniment me contenter de relations platoniques sur la toile, mais j'étais bien, au rythme quotidien de relations intimes virtuelles, devenues aussi solides que présentes.
Le désir était délicieusement envahissant.
Je jouais déjà avec le feu.

dimanche 8 janvier 2012

Jouer avec le feu (y a pas à dire, ça réchauffe !) (4ème partie)

Baiser ailleurs.
Je ne savais pas si cela se produirait vraiment.
Mais déjà nous avions franchi un point de non retour.
Nous avions mis au point le cadre théorique et il nous rassurait beaucoup.
Cependant envisager la pratique me remuait encore.
Je me connais et sait bien qu'il y a peu de chances que je puisse trouver désir, séduction et plaisir sans un minimum d'attachement sentimental. Je suis un amoureux permanent et multiple, mais jusqu'ici je réprimais cela. Allais-je maitriser ce bouleversement?
Mon épouse allait elle supporter ces "infidélités" consenties?
Et puis cette perspective un peu vertigineuse faisait voler en éclat une construction méticuleuse : celle d'années d'intégrité conjugale totale dont j'étais plutôt fier.
Ce sont sans doute toutes ces incertitudes qui causèrent le zona précédemment évoqué.

samedi 7 janvier 2012

Petit intermède

Je ne sais si des lecteurs courageux ont réussi à me suivre jusque dans les derniers méandres de ma saga introspective, mais au cas où, en écho à mes dernières élucubrations sur l'épanouissement sexuel dans le couple, je vous invite à une petite lecture à la fois "corroborante" mais surtout très énervante.

C'est ici.

D'où vient cette approche sexiste?
Du subconscient du scientifique qui n'aurait pas l'idée d'étendre sa théorie au vécu des femmes? Ou une restitution déformée par une presse légère friande de polémique? Je ne sais pas, j'ai pas le temps d'approfondir l'enquête...

S'il y a bien un truc que j'ai vérifié sur la blogosphère, c'est que certes peut être la statistique peut nous inviter à quelques raccourcis pour caractériser les besoins sexuels selon qu'on est homme ou femme, mais je ne vois pas l'intérêt d'alimenter des clichés très stigmatisants pour les minorités statistiques : non l'adultère "sexuel" n'est pas exclusivement masculin et oui les femmes peuvent aussi être simplement gourmandes sexuellement...
(oui, c'est quand même un peu navrant d'avoir à enfoncer des portes ouvertes un samedi soir d'hiver en l'an 2012... !)




jeudi 5 janvier 2012

Jouer avec le feu (y a pas à dire, ça réchauffe !) (3ème partie)


La nuit porte conseil, certes, mais pas assez pour résoudre le casse tête.
Baiser ailleurs.
Dit comme ça, c'est pas très romantique.
Mais je sais que si elle l'a dit, et si je l'ai entendu, c'est que c'est désormais dans le champ des possibles. Tout le chemin parcouru, ce constat que l'exclusivité dans le couple était une barrière limitante, se révélant parfois absurde, on l'avait fait ensemble. Cette possibilité de liberté dans le couple, c'était une vision commune.
Simplement on espérait que cela ne nous concernait pas.

mardi 3 janvier 2012

Jouer avec le feu (y a pas à dire, ça réchauffe !) (2ème partie)


Sonné par cette réaction prévisible, quoique sans précédent sur la forme, je me suis recroquevillé et en espérant que le sommeil m'anesthésie au plus vite de ma douleur. Douleur sournoise qui me contraint à la ruminer sans que cela n'accélère son élimination.
Le sommeil ne vient pas, donc je rumine.
On se croyait tiré d'affaire, nous voilà de retour à la case départ.
Dois-je partir en claquant la porte?

lundi 2 janvier 2012

Jouer avec le feu (y a pas à dire, ça réchauffe !) (1ère partie)

Je n'aime pas spécialement les bilans. Mais quand on se sent comptable de ses faits et ses gestes, et qu'on vise une gestion saine de son existence, peut-on s'en affranchir?
Voici donc l'heure du bilan, la révision obligatoire des 2 ans, qui coïncide avec le début de l'année, et qui m'oblige à mettre les mains dans mon passé. Et qui me rappelle que ce n'est pas si désagréable, parfois, de sortir la tête du guidon.

Décembre 2009. Vacances de noël dans la belle famille.
J'avais le choix entre claquer la porte, ou faire un zona et ouvrir un blog.
J'ai fait le second choix.

dimanche 11 décembre 2011

Fleur de peau

Je ne sais pas si c'est une réaction à l'hiver (qui arrive enfin, ça devrait ma rassurer) et à nos sur-couches vestimentaires qui s'entassent, mais j'ai envie de peau nue, de peaux nues, de contact, de mélanges.
Des peaux nues comme des supports à de jolies fresques sensuelles, jeux d'ombres et de lumières, de souffles et de frissonnements, qui semblent nous conter de jolies histoires, nous chanter de douces mélodies, nous faire apparaitre les plus beaux dessins dans lesquels on voudrait bien se perdre...
Chant des sirènes?

Sans doute suis je encore sous le charme de ce court métrage diffusé il y a peu sur Arte, intitulé "Dans la peau", où l'on voit des tatouages passer d'un corps à l'autre, et notamment une sirène...

jeudi 1 décembre 2011

Tout, sauf l'essentiel...

Je suis un visuel. Né durant la décennie des 70's, quand l'image s'est faite télévisuelle.

Cause à effet, ou le contraire, je suis de la génération qui est entrée dans la puberté en guettant le programme du premier samedi du mois, minuit, pour apprendre à se débrouiller sur des ébats brouillés.
C'était déjà un exutoire à tout ce désir qui m'assaillait, du matin au soir, dans la vraie vie. Copines de classe au corps prometteurs, aux confidences faussement naïves, aux impudeurs intrigantes pendant les cours d'éducation physique. Premier émois inespérés, expériences chamboulantes.
Innocent comblé, chasseur complexé. Des hauts et des bas, et vice versa. Cruellement snobé, généreusement dévergondé.
Il n'y avait pas de quoi s'ennuyer sur la route vers l'âge adulte.
Mais de façon inconsciente, obéissant sans doute à la pression sociale et aux autres contraintes de l'existence, j'ai délaissé le réel pour étancher ma soif de luxure.

Petit à petit, la pornographie a été une évasion, une quête esthétique discrète. La croyance que c'était le traitement miracle pour apaiser mon appétence pour les corps féminin en proie au plaisir sexuel, sans pour autant avoir à m'exposer, sans faire de vague dans ce monde intimidant.
Un peu comme si, conscient de porter en moi le gène du nomadisme, j'étais séduit par l'idée de me contenter d'une dose hebdomadaire de "Thalassa" et "Des racines et des ailes" pour ne pas avoir à prendre l'avion.
(Il faut dire, à ma décharge que j'ai grandi dans les années 80, à l'heure où l'on a commencé à vivre sa vie par procuration, devant son poste de télévision).

Chaque nouveau film me faisait pourtant le même effet désagréable : excitation bien sûr mais overdose systématique. Coupe faim radical certes, mais qui me laissait sur ma faim.
Et paradoxalement, au lieu de laisser un écœurement durable, une lassitude logique, ça renforçait ma détermination à en voir un prochain, comme si j'étais à la recherche du Graal.

Alors au lieu d'être un antidote à ma frustration, ça en devenait le catalyseur.
Aucun des longs-métrages visionnés ne me satisfaisait.
Je ne demandais pourtant pas la lune. Juste des scénarios agréables avec des scènes érotiques excitantes, authentiques. Pas les pudibonderies aseptisés du dimanche soir sur M6, où les ébats simulés sont si surjoués, les corps si artificiellement animés, qu'on a l'impression d'assister à une retransmission d'un concours de patinage artistique aux jeux olympiques d'hiver. Ni tout le reste, le "hard", cet exercice de style où certes l'anatomie est enfin débarrassées de cache sexe, mais où elle est alors si déformée par le silicone et les gros plans, qu'on ne sait plus à l'issue d'un tel visionnage à quoi peut ressembler un corps humain dans son essence et son intégralité.

Trouver le film correspondant à mon idéal érotique. Telle était ma quête.
Patiente, lucide.
Laborieuse.
Arrivèrent même les années 2000, où Google et les téléchargements illégaux me donnaient enfin à tout le patrimoine pornographique de l'humanité. Ben oui, au XXIè siècle, il était enfin permis aux hommes de rester Mr Toulemonde, tout en vivant enfin pleinement leurs mâles déviances sur le grand marché planétaire gratuit du sexe multimédia.
Je ne pouvais qu'y trouver mon bonheur.

Hélas non, rien n'y fit. Ma quête resta vaine.
La seule chose que j'ai découvert, c'est l'étendue de la face cachée de l'humanité masculine, apparaissant enfin au grand jour grâce aux statistiques de google. Des siècles de tabous, de déviances contenues dans les confessionnaux et les bordels, soudain lâchés dans la nature. Sur la toile plutôt.
Qui explique peut être, sans trop que je comprenne pourquoi, que je n'aie pas trouvé mon bonheur.

La subtilité que je n'ai pas trouvée là dedans est-elle liée au fait que le mâle ignore tout de ses désirs et en soit encore au stade de la pulsion ? Je ne sais.
Le fait est que ce que je préfère dans les films pornos, c'est ce que je ne vois pas. C'est la scène coupée, le plan non retenu, la séquence toujours ignorée par le scénariste. La séquence, plus ou moins longue, qui, dans le réel, se déroule entre la fin du dialogue et le coït bestial. La scène où tout vacille. L'apogée du désir, fruits de la séduction, nappés de sentiments ou de complicité... le lâcher prise, le seuil où l'on bascule de la bienséance à l'indécence, puis où l'on glisse vers la bestialité.
Tout cela, rideau. Suivant. Réalité qui n'a pas lieu dans le meilleur des monde pornographiques.
Un peu de bienséance. Beaucoup de bestialité.
Pas de subtilité. Juste la suite, sans transition.

C'est acquis. La pornographie exhibe tout, sauf l'essentiel.
Sans doute le désir n'est-il pas télégénique. Ce n'est pas dans un tube cathodique ni une planche de plasma que je vais pouvoir le contempler.
J'ai donc abandonné l'idée de vivre du désir de substitution, de cet ersatz décevant. Pas possible de déléguer, mauvaise stratégie de penser qu'on peut externaliser. Faut assumer !


D'où ce blog.
D'où l'envie de sortir de la passivité. De ne plus être consommateur inerte.
D'où le partage, d'où le don.
D'où la liberté finalement mutuellement octroyée, mon épouse et moi, pour ne pas s'interdire de cultiver le désir quand il vient d'ailleurs. Quand on sent qu'il germe en nous, pourtant semé, chauffé et arrosé par un autre printemps.

Bref.
Verdict de platitudes et enfonçages de portes ouvertes.
Conclusion qui coule de source. Temps des poncifs et piétinage de lieux communs.
Mais passage obligé du téléspectateur blasé de Thalassa, Faut pas rêver et le Journal du Hard.

On est bien peu de choses et on ne mourra pas moins idiots. Les relations humaines sont vastes et très riches.
Elles vont de la bienséance à la bestialité.
Le média télévisuel restitue sans souci ces deux bornes. Pour tout ce qui est intermédiaire, j'ai fini par accepter de le vivre par moi même. Cet intermédiaire médiatiquement impalpable, c'est peut être ça l'érotisme.

dimanche 20 novembre 2011

Circonstances accomodantes

Ce soir, je laisse libre cours à votre imagination...
Libre à vous de suivre quelques énigmes en guise d'indices...

jeudi 10 novembre 2011

Désorientation duale du mâle versatile

Parfois le désir qui m'anime, l'excitation qui me gagne, les situations qui m'électrisent, ou le plaisir qui me galvanise, me donnent envie de braquer les projecteurs sur moi.
Elle me pousse à ça.
Avec ma complice, et à cause d'elle. 
Envie de m'offrir au regard de tous et de chacun. 
Dans un lieu où l'indécence serait la norme.
Offrir mon vécu et mon corps déformé par le cul au vu et au su de tout le monde.
Ouvrir grand mon manteau à mes pairs. Jeter en pâture, sans les mettre en balance, le poids des mots et le choc des photos.
Envie d'exposition permanente, avec ou sans vernissage et autres exercices imposés.
Jouir du regard outré, curieux, hautain, admiratif ou désireux que vous poserez sur moi.
Oui, elle me rend exhibitionniste.

Parfois c'est tout le contraire.
Le désir qui m'anime, l'excitation qui me gagne, les situations qui m'électrisent ou le plaisir qui me galvanise me donnent envie de rester tapi dans l'ombre.
Elle me pousse aussi à ça.
Avec ma complice, et à cause d'elle. 
Attitude coquine sous prude apparence. 
Réaliser l'impensable, l'inimaginable, l'insoupçonnable au nez et à la barbe de chacun.
Camoufler l'évidence dans un lieu improbable.
Jubiler des ébats à la sauvette, dissimuler l'impair commis sous le manteau. Masquer l'imposture, travestir les faits.
Vivre l'extraordinaire sous couvert de la normalité.
Jouir du secret de jouir en secret. Se dire que nul autre n'en saura jamais rien.
Et qu'on emportera ce secret à jamais.
Oui, elle me rend aussi inhibitionniste.

Bref, vous m'en voyez désorienté, mais je suis finalement assez réversible.