Quand on joue avec le feu, on se rêve en auteur-compositeur-interprète. Mais ça ne dure qu'un temps.
On se rend vite compte qu'on n'a rien d'un virtuose.
On ne compose pas les partitions des autres. On compose avec les partitions des autres.
On réalise qu'il faut essayer de tout concilier avant qu'on ne soit obligé de passer au cran d'après. Car quand on doit réconcilier, c'est au mieux désespérément laborieux, au pire désespérément compromis.
On ne virevolte pas longtemps au dessus de la cohue, on ne plâne pas indéfiniment, en apesanteur, comme le goéland dans la tempête.
Non, on est en plein dedans. On rame.
En marchant sur des oeufs. Avec des pantalons patte d'éléphant, et de gros sabots en porcelaine.
On court après le temps.
Bref, si l'on part insouciant, la fleur au fusil, les relations multiples, c'est rapidement des emmerdes démultipliées, et la sensation d'avoir encore moins de temps pour les résoudre. C'est l'inflation des promesses implicites, et la sensation d'avoir encore moins de liberté pour les tenir.
On se veut généreux, mais on souffre de ne pouvoir se donner qu'au compte goutte. On rêve d'orgies, mais le quotidien relève plutôt de déferlantes homéopathiques.
Simple constat, on est décidément pas extensible.
On culpabilise d'atteindre en permanence ses propres limites, car on se voudrait tout puissant, et on pense, pour avoir usé et abusé de moultes techniques de séduction, que l'autre serait en droit d'attendre cette toute-puissance. On craint que nos gesticulations ne se mettent à faire tourner le moulin à déceptions.
La question qui vient alors : pourquoi essayer de se faire tant de bien si ça nous fait tant de mal?
S'engager sur la pente glissante des relations multiples serait-il donc un truc de sado-masochiste?
Je crois que non. Je n'aime ni faire mal, ni avoir mal.
Certes les propos qui précèdent peuvent caricaturer la foire d'empoigne à laquelle ma vie ressemble certains jours, mais lucidité, sincérité et bienveillance sont de bons antidotes à tous les germes de déception. Je le maintiens donc, globalement aimer divers, ça ne fait pas de mal, et ça fait même souvent du bien.
C'est vraiment une question d'écologie amoureuse. Il n'y a pas d'autoroute éclairée ni de long fleuve tranquille, juste des chemins escarpés mais magnifiques.
On rêve de frivoles frénésies en vivant de frénétique frugalité. Un peu comme une culture respectueuse de la biodiversité, avec ses saisons, sèches ou humides, ses surprises, ses abondances, ses pénuries... Bref à mille lieues de la monoculture industrielle.
On souffre, c'est sûr. On se prend des vents, des murs, on doit faire des deuils.
On jouit parfois. On désire surtout.
On essaie d'apprivoiser le manque. On y arrive à peu près. On s'adapte. L'être humain s'habitue à tout.
Finalement le manque on s'en fout. On panse, compense, récompense, dépense sans compter et on retombe sur ses pieds.
A la question de savoir alors si cette trajectoire est de nature à combler nos attentes, je vais botter en touche, en vous demandant de reposer plus tard la question.
Car justement, ce drôle de chemin est épanouissant, à une dernière subtilité près.
Il reste en effet un thème que je dois aborder.
Et pas le moindre.
Il s'agit pour finir d'une dernière menace à écarter.
Celle qui nous paralyse, nous ronge, et nous blesse pour un oui ou pour un non.
Une fois qu'on a dompté le manque, la passion, notre orgueil, il ne nous reste plus qu'à ne pas tomber dans le panneau. Car cette dernière menace non identifiée nous semble couler de source, frappée au coin de l'évidence. De loin.
A l'examiner de près, on voit vite qu'elle peut être un piège fatal.
Je ne sais pas si vous avez deviné de quel péril je parle. Je le dévoilerai dans un prochain billet.
Bon, je pourrais vous laisser chercher un peu, mais je vais être chic, je vais vous épargner cette attente.
Puisque c'est de l'attente qu'il s'agit. Et par extension, de nos attentes...
A suivre, donc..
Toujours très intéressant !
RépondreSupprimerCela me permet de revenir sur ce que j'ai pu vivre lors de mes heures sombres et franchement délurées ...
Une analyse que j'ai faite il y a quelques années déjà ( le temps passe vite ) pour ne pas retomber dans tous les travers que peut nous offrir la magie de la toile !
Mais il demeure certaines tentations bien évidemment, et heureusement !
De celles qui réchauffent en cette période de frimas ...