Mots doux, mots en l'air, incitations insidieuses sans incidence, et autres légèretés
jeudi 5 janvier 2012
Jouer avec le feu (y a pas à dire, ça réchauffe !) (3ème partie)
La nuit porte conseil, certes, mais pas assez pour résoudre le casse tête.
Baiser ailleurs.
Dit comme ça, c'est pas très romantique.
Mais je sais que si elle l'a dit, et si je l'ai entendu, c'est que c'est désormais dans le champ des possibles. Tout le chemin parcouru, ce constat que l'exclusivité dans le couple était une barrière limitante, se révélant parfois absurde, on l'avait fait ensemble. Cette possibilité de liberté dans le couple, c'était une vision commune.
Simplement on espérait que cela ne nous concernait pas.
Tout est facile à accepter quand on ne se sent pas spécialement concerné.
Un peu comme on accepte l'homosexualité. Mes parents, plutôt progressistes, acceptaient bien l'homosexualité. Quand ils ont appris celle de mon frère, ils ont mesuré l'écart qui existe entre tolérer, et intégrer.
Là, nous aussi, on s'est retrouvé au pied du mur...
Comme mes parents, on a réussi à intégrer l'idée, dans notre propre vie.
Il y a un moment où nous aussi, on doit faire l'effort de lever des barrières, passer à l'acte. Ça n'arrive pas qu'aux autres...
Baiser ailleurs.
La chose n'est pas simple.
Ou plutôt si, mais cela ne s'arrête pas à ça.
Le problème court terme chez moi, c'est la frustration sexuelle. Je pourrais payer pour une pipe, une passe, peut être ça me soulagerait sur l'instant, mais après?
A plus long terme, le vrai enjeu, c'est l'épanouissement. Et vu du regard du prisonnier, l'épanouissement, c'est l'évasion, la fuite, la liberté totale.
Entre les deux, la réalité. Des possibilités infinies, mais des passages obligés, des contraintes intangibles.
Tout simplement parce que je ne suis pas tout seul.
Parmi les principes sacrés, en premier lieu, la responsabilité, et donc la fidélité. Je ne veux pas laisser tomber ceux qui dépendent de moi, pour des pulsions égocentriques. Je veux assumer mes engagements familiaux, et ce n'est pas un mode de vie et toutes les tentations qui gravitent autour qui me détournera de cela. Je garde à l'esprit la constance dans l'implication.
En second lieu, la responsabilité toujours, et donc la lucidité, le pragmatisme et l'équilibre. Ne pas occasionner de dégâts que je ne sois en mesure de réparer. Comme la déflagration qu'occasionnerait la révélation soudaine de cette transgression à notre entourage, à notre environnement. Nos enfants ne pourront que bénéficier d'un changement qui se traduirait par des parents plus épanouis. Mais comment pourraient-ils mieux vivre dans un environnement horrifié par l'image d'un père de famille allant "baiser ailleurs"?
En troisième lieu, et c'est sans doute l'essentiel : l'honnêteté, clé de la confiance et du respect. Être responsable ne sert à rien si l'on ne se montre pas digne de confiance, car le moindre doute, le moindre abus, la moindre inélégance pourra tout faire exploser en vol.
Pour respecter tout cela, le chemin est ténu. Il sera tracé par le secret, et la sincérité.
Le principe de précaution.
Secret vis à vis de l'extérieur, sincérité vis à vis d'elle.
Secret certes moins lourd à porter puisque porté à deux.
Assumer plutôt que mentir. Mais à moitié. Ma moitié étant du bon côté du secret. Inversion du schéma adultérin traditionnel, où tout le monde est au courant, sauf le cocu. Ici on permute les rôles, et le côté jubilatoire compense un peu l'inconfort et le malaise.
Tromper le reste du monde. Par dissimulation, par omission.
Peut être un jour mes enfants sauront. Quand ils sauront comprendre, surtout.
Et puis le reste de l'environnement, pourquoi pas, si la compréhension venait soudainement envahir le reste du monde.
Mais en attendant, cocktail de sincérité et secret obligatoire.
C'était peut être ça la condition sine qua none pour tous les deux. Couper la poire en deux. Ménager la chèvre et le chou, dissocier la figue et le raisin.
Du coup, pour ce qui est de baiser ailleurs, ça devenait presque secondaire, évident. Comme vu précédemment, le spectre des possibles est large, si large que j'oscillais entre enthousiasme et découragement. Plus que l'embarras du choix, c'était naturellement le choix de l'embarras, mais vous vous doutez bien que l'histoire ne s'est pas arrêtée là, puisque vous êtes en train de me lire...
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Je commente, juste pour témoigner que je lis cette série avec un intérêt immense. Juste, je ne trouve rien à dire alors j'attends la suite bouche bée. Merci pour ce partage, déjà.
RépondreSupprimerJe viens de lire les trois parties en une fois sans pause ...Avec plein d'idées en tête à chaque mot et rien à dire ou ..Trop à dire ! Je me souviens avoir déjà lu auparavant, tes mots à ce sujet ou s'y rapprochant ...Je ne sais si dans ce domaine, il existe une solution miracle ...Beaucoup s'y précipiteraient plutôt que de se poser les mille et une questions que l'on retrouve chez un certain nombre d'entre nous ...Le mal est là, de la faute à personne ou de la faute des deux ...Le mal est là et nous cherchons une sortie, un moyen de survie ...Devons nous y trouver des excuses, y poser des mots ? Se donner une bonne conscience ? Le mal est là et il ronge même si nous essayons de sauver ce qui est encore possible ...Les enfants, la vie familiale ..En fait ce qui semble encore être ! Mais qui est dupe ? Baiser ailleurs c'est prendre un risque, un énorme risque, pour les autres, ceux justement qu'on veut protéger et le risque est tout aussi grand pour soi même ...Pourtant cette décision, il faut la prendre car, fatalement arrive le jour où le mur est là ...Infranchissable !
RépondreSupprimerJe sais combien tout ça est douloureux ..Je t'embrasse
Merci CUI, je me sens moins seul, je me demandais justement si je n'étais pas en train de faire un témoignage dans le vide :-)
RépondreSupprimerCe qui en soi est une démarche déjà très positive pour moi, mais avec votre regard en écho, l'enrichissement sera quand même bien plus précieux...
Merci Chilina, je n'avais pas vu aussi ton commentaire.
RépondreSupprimerIl tombe à point aussi pour me donner du courage ! C'est vrai que parfois je force un peu les traits pour nourrir l'enthousiasme ou bien j'exprime les aspects douloureux, et je le restitue de façon plus ou moins romancée ici... En tous cas je suis bien conscient qu'il n'y a rien de miraculeux, rien d'immuable, rien de garanti, et c'est bien parce qu'il s'agit de mêler passion et lucidité que j'ai titré cette série "jouer avec le feu..." :-)
comme CUI et beaucoup d'autres à mon avis, nous lisons silencieusement mais nous partageons avec toi, encore une fois parce que c'est quelque chose que nous partageons tous avec plus ou moins de questionnement.
RépondreSupprimerTu n'écris pas dans le vide . Et j'ai remarqué que les visites sont parfois plus importantes quand il n'y a pas de commentaires ... parfois on ne peut pas toujours dire des bêtises!!
Des baisers usclade ;)
Je te lis, je "t'écoute", je t'entends. Ça me parle... Il y aurait beaucoup à dire, sur des ressentis et vécus communs... Mais c'est difficile !
RépondreSupprimerJuste alors te dire que j'admire ta lucidité, ta sincérité, ta réflexion. J'en ai aussi, mais plus de mal à l'écrire...
Alors, merci de partager ces doutes, ces nuances, que nous sommes beaucoup à entrevoir, mais que peu expriment.
Belle année 2012 à toi : qu'elle te garde comme tu es : aussi beau dedans que dehors ! :)
Dita et Ambre, merci pour vos encouragements, sans feedback on doute toujours un peu sur la question de savoir si ce que l'on exprime est intelligible, digne d'intérêt...
RépondreSupprimerSinon j'imagine que ça doit être le cas à l'intérieur, car ça fait tout chaud, quoiqu'il en soit vos mots me font rougir à l'extérieur :-)
Je te lis avec attention depuis le premier épisode. Nous sommes sans doute nombreux à avoir traversé ces épreuves... Et je suis bien touché par ce que tu écris si justement.
RépondreSupprimerOn se jure parfois beaucoup de choses sans trop de clarté, et finalement à part les quelques lignes réglementaire, quel est le véritable contrat, puisque, effectivement, on finit par poser des phrases quasi juridiques... ?
Nous avions démarré une vie de couple assez jeune. Les temps morts sont venus, les longues périodes semi-dépressives, les corps qui s'éloignent, les mots maladroits, mais pas toujours aussi clairs que ceux qui t'ont bousculé.
Entre ma volonté d'assumer mes choix et ma famille, la tristesse infinie d'être si souvent seul dans ma tête et mon corps, et comme il était impossible de partager sans rupture, j'ai choisi le double secret...
Avec une seule nuance, je n'ai rencontré que des hommes... Je ne suis pas certain qu'une attirance ancienne en soit la seule cause.
@estef: merci pour ce témoignage étonnant et touchant. Il semble que tu aurais à en dire plus, peut être as-tu déjà raconté cela plus en détail ailleurs?
RépondreSupprimerJ'ai laissé quelques traces, de ci de là, sur le blog d'entre2eaux et sur un autre depuis disparu, mais pas plus. De temps en temps, je prends la plume plus longuement mais la diffusion en reste limitée à un lecteur intime. Je n'ai pas franchi le cap d'ouvrir un blog, j'en fus parfois à deux doigts. Je pense avoir surtout peur de l'effet drogue et de son corolaire, le manque. Ce que tu décris très bien dans l'épisode 5.
RépondreSupprimerPour le moment je reste un lecteur un peu interactif, j'aime bien ça et il y a quelques blogs où c'est vraiment un plaisir, sans les nommer pour ne pas te faire rougir.