Marie Christine a le regard encore bien triste.
Son divorce a été prononcé cette semaine, et l'embellie relative de ces derniers temps a été mise à mal par cet ultime épisode douloureux. Le travail de deuil est irréversiblement engagé.
Ce soir elle nous a accompagnés à cette soirée concert. On avait insisté, parce qu'on considérait qu'il était impératif qu'elle ne passe pas la soirée seule, parce qu'elle ne devait pas se laisser abattre.
Elle a accepté pour nous faire plaisir. Elle n'avait ni l'envie, ni la force d'y aller. Mais avait encore moins ni l'envie, ni la force, de lutter pour décliner notre invitation. Elle n'a pas voulu tenir tête, ne se sentait pas de taille face à notre insistance. Elle s'est laissée porter, en se faisant violence, et sans doute cette énergie qu'elle va y laisser ce soir lui fera encore plus cruellement défaut demain.
Nul ne sait de quoi demain sera fait. On sait juste que de son côté ou du notre, on se réveillera avec la bonne conscience d'avoir fait ce qu'il fallait ce soir.
Je travaille avec Marie Christine depuis plusieurs années.
Grande brune très forte, à la peau mate, un visage rond dissimulé derrière des lunettes aux verres épais, allure stricte conforme à la discipline qu'elle s'inflige, sur tout, en permanence. D'origine italienne sans doute, elle a grandi en Lorraine où elle semble avoir acquis une éducation religieuse stricte, que ma vague idée du concordat aurait plutôt attribué à l'Alsace, mais peu importe.
Une vie bien rangée. Trop, à en juger par l'issue malheureuse de son mariage.
Désir d'enfant infructueux, une maison avec jardin trop grande pour un couple seul.
Son mari est parti. Crise de la quarantaine, envie de profiter de la vie.
Elle n'a rien vu venir, n'a pas eu le temps de réfléchir à comment le retenir.
"Pierre a été mon premier et mon seul homme." m'avait-elle dit un soir au boulot en s'effondrant dans mes bras.
Le concert bat son plein. On boit quelque verres, on sourit, échange quelques mots dans le vacarme.
Mon épouse me propose de rentrer pour coucher les enfants et rester les garder, elle est fatiguée. M'encourage à rester, pour ne pas lâcher le reste de la troupe.
Troupe qui continue à s'étioler progressivement, me laissant finalement seul avec Marie Christine.
Le dernier groupe joue trop fort, nos oreilles saturent.
Je lui dis que je ne vais pas tarder.
Elle me dit qu'elle aussi.
Elle me propose de me raccompagner en voiture, car je suis à pied.
Je sens bien que rentrer chez elle, seule dans sa grande maison, va être un moment difficile.
Et je n'ai pas envie de la quitter comme ça, sans avoir pu échanger un peu, alors qu'elle avait fait l'effort de sortir de chez elle.
Je lui propose de nous arrêter dans un bar, un endroit plus calme, pour discuter un peu plus. Elle accepte.
On évoque son état du moment.
On partage une cigarette.
Des hauts et des bas. Elle me confirme que son regard n'a pas vraiment changé, depuis la fois où elle s'était effondrée dans mes bras. J'avais alors essayé de la convaincre qu'une fois le deuil effectué, elle serait à nouveau convaincue que la vie vaut d'être vécue.
On parle des mecs. Ni dieux, ni monstres, juste de grands enfants, en proie au désir, pas toujours honnêtes avec eux mêmes, ni avec les autres. Comme tout le monde, en définitive.
Je lui dis qu'elle devrait assouplir son regard. Que la perfection ne faisait pas partie de ce monde.
Que passer son temps à juger, c'était se battre contre des moulins à vent. Que c'est à elle seule qu'elle inflige des peines, que c'est inutile. Que se focaliser sur ce qui "devrait être" nous empêche de vivre réellement ce qui "est". Qu'il était bien dommage de rejeter les facettes désirables d'un homme à cause d'autres facettes plus décevantes.
Elle me dit qu'elle ne voit pas comment elle pourrait retrouver quelqu'un. La dernière fois je lui avais parlé de Meetic et trucs dans le genre, elle n'en voulait pas, puis avait infléchi son jugement, mais n'avait rien concrétisé.
L'alcool nous désinhibe.
Je la trouve jolie, ses pommettes rouges m'inspirent des bisous imaginaires.
J'observe ses lèvres quand elle parle, elles semblent encore plus pulpeuses.
Elle me dit que déjà qu'elle ne plaisait pas aux garçons quand elle était jeune, ce n'est pas à son âge que ça pourra s'améliorer.
Je lui dis que je la trouve désirable. C'est sincère.
Elle me dit que je ne suis pas comme les autres.
Je lui dis que si.
La preuve, mes arrières-pensées... mais je ne lui avoue pas...
Je lui dévoile mes mœurs amorales. Mon arrangement avec ma femme pour surmonter ma crise de la quarantaine à moi. Mon épanouissement pluriel. Ma gourmandise sensuelle. Mon métabolisme sentimental. Mon arrangement pour nous libérer du piège de la relation exclusive qui nous consumait.
Elle est un peu choquée. Elle ne m'imaginait pas comme ça.
J'essaie de la convaincre que mon amour pour ma femme en sort protégé, durable. Elle grimace.
Je lui prend la main, j'essaie de la rassurer.
Je lui dis que ci ça ne tenait qu'à moi, je lui montrerais combien je la trouve désirable, combien je ressens une énergie forte pour lui apporter de quoi surmonter cette période de solitude et de mal être. Que si elle ne s'écoute pas un peu plus, si elle ne s'autorise pas un peu de folie dans sa vie, elle prend le risque de quitter ce bas monde sans jamais être récompensée de ses efforts. Que la douleur ne l'épargnait pas; qu'elle ne devait donc pas renoncer au plaisir pour y faire face.
Elle fait mine de ne pas avoir entendu.
Je la serre dans mes bras, plonge ma tête dans son cou. Son corps se relâche... Chaque bisou que je lui prodigue accentue le souffle de sa respiration. Qu'est-on en train de faire ?, me demande t-elle... Je ne lui réponds pas et sens contre mon buste sa poitrine lourde qui se presse contre moi, comme lorsque je l'avais consolée la première fois.
Je gobe sa bouche et l'embrasse longuement.
Nous restons ainsi dans ce bar, à se bécoter, comme deux adolescents novices, coupés du monde..
Puis l'heure de la fermeture approche.
On est inséparable. Je lui demande de me déposer plutôt chez elle, je me débrouillerai pour rentrer. Elle sourit.
Arrivés chez elle, je suis un peu gêné. Je ne voudrais pas que tu crois que j'abuse de la situation parce qu'on a bu, parce que tu es fragile en ce moment, lui dis-je.
"Je ne suis pas saoule me dit-elle. Je sais ce que je fais.
Fais-moi jouir s'il te plait..".
Sa soudaine franchise me désarme...
Je joue avec le petit crucifix qui orne son décolleté, pensant à ce prénom pieux que je suis en train de "désimmaculer". Marie Christine. Si jolie dans le désir et l'abandon. Les bras en croix, elle m'offre son pieu, comme si elle voulait s'y faire empaler...
Elle m'offre sa poitrine opulente, des seins généreux et chauds que j'engloutis tour à tour dans ma bouche affamée, tandis que je sens son entre-jambe se frotter de plus en plus vigoureusement à ma cuisse, et que sa respiration se mue en gémissements... je la déshabille et sens mon érection redoubler d'intensité à l'instant où elle m'offre son entière féminité... La vision de ses rondeurs très généreuses, appétissantes, découvrant progressivement au coeur de sa toison ample et généreuse sa friandise fruitée est magique... La voilà mûre à souhait pour être goûtée par mes papilles en éveil ... Ma bouche s'enfonce dans sa fleur, qui finit de se déployer au contact de ma langue... Elle ondule en se fondant à moi et je la savoure.
Je ne sais combien de minutes s'écoulent, notre ivresse est totale.
Jusqu'à ce qu'un râle plus long que les autres ne la plonge dans une extase apaisée.
Plus câline que jamais, elle veut à son tour me goûter...
Je n'ai jamais sucé un homme me dit-elle, je ne suis pas sûre de faire comme il faut. Je ne lui réponds pas et la laisse faire, en lui caressant les cheveux. Je suis étonné de la voir si gourmande, si souple de ses mains et de sa bouche... Je ne m'attendais pas à une telle douceur. Elle m'engloutit avec une telle volupté que l'excitation et le plaisir deviennent irréels.
Suis-je dans sa bouche ou dans son cul moelleux, je ne le sais plus vraiment, je perds la notion du temps.
Je sens tous les flux de mon corps converger vers mon bas-ventre comme s'ils allaient s'en échapper. Les palpitations délicieuses et irréversibles s'emparent de ma queue, je ne peux plus rien contrôler...
J'ouvre les yeux. Je viens de jouir. Tout seul.
Marie Christine n'est pas à mes côtés.
Mon épouse dort paisiblement.
Un sentiment de tristesse m'envahit.
Une drôle d'impression qui me dit "p't'être c'est tant mieux, p't'être c'est tant pis".
Un truc qui fait que ma conscience ne sera pas très claire, demain, au réveil.
Quand je me remémorerai la froideur dont j'ai fait preuve au moment où, sur le point de se quitter en sortant du concert, Marie Christine m'a proposé de me déposer. Et où je lui répondu, en réalité,. "Non merci c'est gentil, c'est tout près, je vais rentrer à pied"...
Et de rentrer, à pied, seul avec mon cas de conscience...
Etrange ce texte (bien que j'aime son écriture), un mélange de réalisme et d'imaginaire, on se demande (pour ma part) où commence l'un, ou finit l'autre !
RépondreSupprimerLa frontière entre le fantasme et la réalité est parfois si mince.... pour autant tout les fantasmes n'ont pas forcément vocation à devenir bien réels !
Pour ce qui est de votre cas de conscience, bizarrement, je ne l'aurais pas nommé ainsi !
Votre texte est très agréable à lire...
Merci Orchidée et bienvenue ici. Mon cas de conscience est effectivement peu détaillé dans ce récit. Il s'agit de ce que j'ai ressenti en me disant que je suis resté froid et distant avec elle alors qu'elle aurait sans doute eu besoin que je fasse plus attention à elle, que l'on communique plus, sans aller bien sûr jusqu'à l'issue que j'ai fantasmée ensuite. Elle n'a eu droit qu'à mon indifférence apparente alors que justement je n'étais pas du tout indifférent, et je lui ai dissimulé ce qui aurait pu faire du bien à son ego, à sa confiance en elle. Je parle de cette beauté attirante que lui trouvais et à laquelle elle ne croit pas...
SupprimerOrchidée résume bien la sensation qu'on ressent en le lisant.
RépondreSupprimerpeut être te sens tu au bord de quelque chose avec cette femme qui te fait fantasmer /
Quand tu as préféré rentrer à pied, as tu pensé à ce moment à te " protéger"?
très beau texte.
Me protéger, peut être... En tous cas sans doute le signe d'une peur inconsciente de me laisser aller à trop de sincérité, peur de cette attirance que j'ai ressenti pour elle, peur de ne pas maitriser ce qui aurait pu se passer, peur de sa vulnérabilité, peur de nuire à nos relations professionnelles par la suite... Culpabilité de ne pas avoir pu l'aider plus que ça, par la faute d'un désir trop bouillonnant sans doute..
SupprimerPour les jours où tu doutes, ceux où tu romprais le fil ténu de la toile, c'est bien agréable de nous offrir des cas de conscience si joliment décrits.
RépondreSupprimerMerci estèf, l'exprimer me permet d'apprivoiser ses doutes, tant mieux si cela donne une lecture agréable
SupprimerTu pourrais te rattraper en t ' excusant auprès d' elle sans parler bien sûr de ton désir bouillonnant . Juste lui dire que cela t ' aurait fait plaisir de rester .
RépondreSupprimerCela fait quelques semaines désormais et de l'eau a coulé sous les ponts depuis, mais oui, je dois veiller à être plus attentif, voire attentionné...
SupprimerAvant tout laissez-moi vous confier que j'ai ris... Aux éclats. Je me garde de vous dire le terme qui a accompagné mon rire. La chute est finement bien présentée. Joli! :)
RépondreSupprimerJe me suis laissée porter, j'ai suivi le fil de vos mots, je l'ai vu... J'ai fort aimé ce mélange de fragilité, de sensibilité et de curiosité que vous lui donnez... "Je ne suis pas saoule, je sais ce que je fais, faites-moi jouir..." Elle aurait pu le dire... Et la danse sensuelle entre inquiétude et plaisir est simplement superbe. Que de trésor dans votre imaginaire!
Pour le fond, bah, c'est le votre... Je comprends votre retenue.
(Non, non, je ne suis pas un robot, d'ailleurs, j'ai du changer de pc, impossible de valider mon comm sur mon téléphone.)
Merci Vellini, heureux de savoir que vous m'avez accompagné dans cette danse sensuelle :-)
SupprimerSinon pardonnez à mon robot de vous avoir demandé de montrer patte blanche : il est très mal élevé, ou en tous cas pas très perspicace de vous soupçonner d'être un robot :-)
(moi je n'ai jamais douté que vous étiez faite de chair tendre ! :-)
J'aime bien le contraste entre le début du texte et la chute dans le dernier paragraphe.
RépondreSupprimerC'est un peu comme l'impression qu'on a lorsqu'on revient à soi après un orgasme.
Merci Alex Ander,
Supprimereffectivement, ce brutal retour sur terre, ça, c'est bel et bien du vécu !
Trois trucs me viennent (sans aucun ordre de pertinence!)
RépondreSupprimer1. Bluffée par la structure narrative de ton rêve! Moi quand je rêve c'est toujours sans queue ni tête! :))) (pardon! c'était fastoche! mais super tentant!!!)
2. No zob in job! (surtout que... enfin, bon, je pense que tu m'comprends! ;) )
3. Ton récit est la parfaite illustration de ce que je constate: quand on connaît la nana (ou le mec) parce qu'il fait partie de l'entourage proche ("réel" tout du moins), c'est quand même vachement rude de l'aborder de cette manière... d'où sans aucun doute le succès que remportent les sites de rencontres et/ou les rencontres via les blogs... et je n'arrive pas à me convaincre que c'est une vraie bonne nouvelle! :) A quand un monde dans lequel les approches seraient aussi simples et naturelles dans la vie que sur la toile... et réciproquement?!
Bigre, mais tout de même parfois n'y a t'il pas quand même au moins des têtes dans tes rêves ???!!!!
SupprimerC'est si impersonnel? :-)
Pour être honnête, ce n'était pas un vrai rêve, mais la fiction consciemment construite par mon désir ce soir là..
Pour le point 2 tu mets le doigt sur le nœud du problème :-) Quand bien même le point 3 que tu appelles de tes voeux aurait été à ma portée, le point 2 aurait bloqué le processus (oui moi aussi sur la questioni To zob or not to zob, moi je dis aussi No défroc at work !)
Plus que jamais j'aurais fait preuve d'abus de position dominante et ça, ça aurait été très malsain...
Voilà pourquoi parfois je crois agir avec folie, me laissant aller à l'envie, mais finalement, je vis intensément et ne regrette rien!
RépondreSupprimerCe n'est pas de la folie, mais une liberté précieuse je crois que tu as su te construire. Tu ne mesures sans doute pas à quel point elle est précieuse, si?
RépondreSupprimerSi à chaque fois! ça donne une bouffée d'air frais! C'est exaltant!
RépondreSupprimerJe veux bien le croire... Ne te dit-on pas souvent d'ailleurs que tu ne manques pas d'air? Chanceuse ! :-)
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