Toi qui croises ma route et t'étonnes du fait que je n'ai pas l'air de savoir ce que je veux, voilà ce qu'il te faut savoir si tu veux que l'on se veuille.
L'incertitude sème le doute, le doute nous rend suspicieux, il est temps de faire place à la confiance. Je vais me présenter, et ce faisant tu pourras éplucher tous les tenants et les aboutissants de ma démarche.

L'exercice est assez nouveau pour moi. Devoir se justifier et montrer patte blanche alors qu'on ne se connait pas est une façon curieuse de procéder, mais c'est ainsi, les rapports sociaux évoluent avec la technologie, il faut s'adapter. Avec Internet on plonge dans nos intimités mutuelles en restant des inconnus réciproques. C'est déroutant.
Donc oui, je m'adapte. Et j'accepte de me soumettre à ton audit.
Il est vrai aussi que la frivolité a de quoi susciter bien des questions.
Et que toutes les sollicitations débridées que tu reçois t'amènent à me voir comme un gros lard ou un cochon dissimulé.
J'ai peur d’apparaître en bonimenteur soucieux de te vendre mon concept de "frivolité éthique"©, peur que tu le voies comme une simple manœuvre d'embobinage cosmétique, façon "pink washing", alors qu'il s'agit d'une simple et authentique démarche d'un pas mauvais bougre de bonne foi !
Visuellement, pour planter le décor, dans le monde analogique, celui du dehors (tu sais le grand bazar quotidien où y a des objets partout en 3D avec de la vraie matière authentique sans kiss,sans like et sans photoshop), ben je ne casse pas des briques.
Je suis celui que tu n'auras sans doute pas remarqué en te promenant dans la rue.
Ou bien, si on est amené à se croiser souvent, je suis celui dont tu auras au mieux malgré tout perçu le sourire avenant, l'air de rien (comme ces mamans d'élève que je croise à l'école, et dont j'apprends quelques mois plus tard par mes enfants qu'elles savent qui je suis alors que j'avais toujours eu l'impression qu'elle m'ignoraient impitoyablement).
En d'autres termes, mon coefficient de sexitude n'est pas assez élevé pour exercer sur mes prochaines une attraction suffisante pour leur faire franchir le gap de bienséance que notre société impose à chacun au quotidien. Même au seuil déjà dépassé de mes 40 ans, mon taux d'irrésistibilité est trop faible pour pousser la jeune maman à libérer la nymphomane qui sommeille en elle. Rien à faire, je ne parviens pas à transformer le quartier de l'école en décor de spot publicitaire de déodorant aérosol.
Je dois avoir l'hormone d'épauleaussilarge menennisque trop fade pour compenser mon physique de simple figurant dans une pub de Tourtel. En tous cas, à mon grand désespoir, je n'ai rien qui déboussole significativement la narta-rexona-IMPULSivité féminine.
Pour faire court, j'ai ce qu'on appelle une apparence quelconque.
Toutefois si tu me lis, c'est que nous nous sommes virtuellement croisés ici ou là, dans l'éblouissante obscurité du web.
J'ai sans doute réussi à susciter ton intérêt, malgré la rude concurrence des cadres supérieurs tantôt riches et élégants, tantôt jeunes musclés et bien membrés, qui semblent me passer toujours devant quand je tente une manœuvre d'accostage numérique. Il est d'ailleurs presque miraculeux que j'aie pu réussir à nouer le dialogue avec toi, personne dont j'ignore à peu près tout, mais qui ne peut pas être foncièrement mauvaise puisque tu m'as prêté attention.
Je ne suis pas pressé d'échanger nos photos. Je les trouve toujours plus jolies une fois que l'on a fait connaissance.
Sache que je ne te rêve pas avec un corps de rêve, que je ne t'envisage pas avec un visage divin. J'veux du vécu, j'veux du vrai cul. Si nous dialoguons à ce stade, c'est que tes mots m'ont amené dans un espace de dialogue intime, dans un petit coin d'intimité où peut germer ma curiosité de toi, première phase organique de la naissance du désir..
Car de désir il est question. On s'est croisé toi et moi avec l'arrière-pensée plus ou moins inavouée de faire crépiter quelques flammes qui nous réchaufferont le sang, les sens, le corps et, qui sait, peut être même le coeur.
On a beau batifoler dans un monde dématérialisé, les étincelles n'ont rien d'imaginaires, et aucune distance n'arrêtera le rayonnement infra-rouges de nos palpitations..
Papier à lettre, son téléphonique ou pixels, aucun vecteur n'est ignifuge. Le désir peut s'embraser à tout moment.
Bien sûr, si je dois révéler ma préférence, la braise incandescente qui a mis du temps à prendre et mettra encore plus de temps à s'éteindre m'attire plus que l'éphémère feu de paille.
Soyons néanmoins honnêtes, je ne pourrais pas me payer le luxe de faire la fine bouche. Fontaine, comme on dit au milieu de la toundra polaire, il ne faut jamais dire "Cheminée, je ne me ferai pas lécher de ta flamme". Ou comme on dit dans les lavoirs en Corse, "il ne faut jamais vendre la mèche pour deux barils de poudre".
Il m'importe de pouvoir jouer avec le feu, sans que cela fasse de nous des militants de la politique de la terre brûlée. L'éphémère a son charme mais je préfère ce qui dure. Préserver nos environnements respectifs est essentiel.
Souvenons que notre environnement commence par nous-mêmes, on est tous le nombril du monde, donc il faut aussi se préserver soi même.
Souvenons-nous aussi qu'une relation est un organisme vivant, qui naît et un jour et mourra tôt ou tard, même si c'est pas demain la veille de l'éternité.
Ne nous voilons pas la face. On atterrira comme on décolle, on peut se bercer d'illusions aujourd'hui mais au réveil ne faisons pas mine de nous en offusquer.
Les meilleurs choses ont une fin. On se diabolisera d'autant plus demain que l'on s'idolâtre aujourd'hui.
Brr le tableau est bien sombre, me diras-tu, le jeu en vaut-il la chandelle?
Oui, justement, j'ai volontairement assombri le tableau pour qu'on soit tenté par les bougies.
L'instant est solennel. Donner naissance à une belle histoire nous confère la responsabilité de devoir potentiellement un jour en faire son deuil.
Et puis si on garde à l'esprit que se faire du bien aujourd'hui ne nous donne pas le droit de nous faire du mal demain, on va pouvoir rajouter quelques cierges.
Hum, en tous cas nous entrons là dans le vif du sujet.
Mon expérience me donne à penser qu'il y a deux façons de construire une relation dans laquelle on puisse se laisser aller.
Soit une relation où chacun est accompagné de son garde du corps - prénommé orgueil.
Soit une relation qui grandit en s'appuyant sur un arbre bien enraciné - appelé confiance.
D'expérience, je préfère la seconde.
Je n'ai rien contre la première, mais ce n'est pas dans mes cordes. J'ai pris pour habitude de museler mon orgueil, car je trouve que c'est le pire conseiller qui soit.
C'est lui qui m'a fait prendre les décisions que je regrette le plus aujourd'hui. Lui qui m'a fait passer à côté des plus belles choses.
Lui qui se renforçait sans cesse à chaque fois qu'on voulait l'affaiblir, lui qui se renforçait sans cesse tandis que moi je m'affaiblissais.
Sache que je resterai impassible si c'est ton orgueil qui parle à ta place. Je n'ai pas de compte à lui rendre, et souviens-toi que mon orgueil ne lui rendra pas la pareille.
Aussi je ferai tout dès aujourd'hui pour te convaincre de museler ton orgueil à ton tour, te convaincre de ne faire appel à lui qu'en dernier recours.
De toutes façons, il est quelques incompatibilité d'humeur qui rendront toute cohabitation difficile. C'est le constat empirique que j'ai fait.
La confiance végète quand l'orgueil domine.
L'orgueil se terre quand la confiance règne.
J'ai choisi mon camp.
Moi la confiance, c'est mon pêché-mignon.
Trois bonnes cuillères de sincèrité, un long mélange de confidences, une complicité à faire mijoter patiemment, une pincée de bienveillance dans un chaudron rempli à ras bord respect concentré et la potion peut vraiment devenir magique.
Bien sûr, on va me dire que ce n'est pas glamour. Qu'il faut garder une part de mystère, qu'il ne faut pas tout se dire.
Certes, mais que cela ne soit pas un prétexte à la paresse, la facilité ou la lâcheté.
Chat échaudé..
Voilà le point sur lequel mon seuil d'intransigeance est le plus bas.
Cela fait une transition toute trouvée pour aborder la question de la rupture de contrat.
Dans la philosophie qui est le mienne, le respect de l'environnement m'interdit de faire des plans sur la comète. La comète est inaliénable. Elle échappe même à Google Map.
Du coup la formule est sans engagement de durée et peut naturellement être interrompue sans préavis.
A choisir je préfère les préavis. Mais la frivolité éthique accorde toujours le choix.
Donc au cas où, sur la question des modalités de rupture, voici quelques ficelles simples pour gâcher la fin d'une belle histoire.
La façon la plus spectaculaire de préparer une fin en eau de boudin est de ne pas dire ce que l'on pense, comme dans les contes de fées où le prince est tellement beau et intelligent qu'il a le tact de tout deviner sans le moindre dialogue (oups j'ai justement oublié de te prévenir : je n'aime pas les princesses).
Mieux on peut même de dire le contraire de ce que l'on pense, comme dans les films où les divas sont si compliquées que seuls les héros trop séduisants peuvent les faire flancher (il faut dire que j'ai peut être oublié de dire un autre truc : je n'aime pas les divas !)
Un autre truc qui fait mouche à chaque fois, c'est de parler à ma place, de me faire dire des choses que je n'ai jamais prononcées ou envisagées. Cela me fait efficacement sortir de mes gonds. Tu sais les trucs du style "il vaut mieux que l'on ne se voie pas car tu es fatigué et tu préféreras te reposer devant la télé".
Ne pas assumer ses choix, c'est plus soft, mais ça a un pouvoir irritant proche de l'ammoniac. Je pense aux trucs du style " j'avais prévu de venir te voir mais j'ai plein de rdv qui se sont intercalés entre-temps ..".
Tu peux aussi me faire une crasse en disant que tous les hommes sont des salauds et qu'au pire je paierai pour les autres. Bref la liste pourrait être encore longue et je compte sur ton imagination pour m'en suggérer d'autres.
Après sinon il y a les ruptures dignes, honnêtes, propres, celles où on informe avec respect et honnêteté et qui se passent toujours très bien.
Elles ont ma préférence.
Quoi qu'il arrive, je touche du bois, même si j'ai déjà parfois ressenti beaucoup de douleur suite à une rupture, je n'ai jamais cédé à la tentation de la méchanceté, je n'ai jamais sombré dans la rancoeur. Et je met un point d'honneur à rester conforme à mon éthique.
C'est ça mon concept de frivolité éthique. Même quand ça finit mal, on ne se fait pas mal. Si bien qu'aujourd'hui je suis toujours tenté de remettre le couvert.
Voilà, on peut s'accrocher aux rideaux, on plane, mais on ne tombe jamais de haut.
Il suffit juste d'être léger.
Ça te tente?
Oseras tu tenter?
Si tu pèses encore le pour et le contre, donnons l'occasion de vérifier avec amusement que quand on est plus attiré par la hauteur que par la bassesse, la légèreté a plus de poids que la lourdeur.
C'est la magie des humaines attractions, elles nous tirent vers le haut.
Tout est question d’équilibre.
Tentons juste la tentation !
(euh, pour le clin d'oeil, quand on atteint cette flottaison, quand on maintient cet équilibre en l'air, on parle de sustentation)


J aime beaucoup !
RépondreSupprimerC' est très dense dand un seul texte. Je relirais plusieurs fois.
:)
Merci à toi, Tant mieux si c'est nourrissant :-)
SupprimerC'est excellent ! quel style !!! on est obligé de succomber ! j'admire et j'adore !
RépondreSupprimermerci Mme Incognito que je reconnais, je suis flatté :-)
Supprimerla 2ème relecture est encore plus savoureuse quand on prend le temps !
RépondreSupprimerWahou ! C'est du lourd. Le titre d'abord m'a interpellée : le drame de toute ma vie amoureuse, raison pour la quelle je suis DE NOUVEAU célibataire !!!!!!! mais je suis pas vraiment d'accord avec toi sur l'orgueil : je pense qu'il faut en avoir un peu pour ne pas subir justement ce que l'on sait ne pas vouloir ... Quant à remettre le couvert, bah je ne suis pas fan du réchauffé moi; On y perd en spontanéïté. des bises cher Usclade !
RépondreSupprimerPour être plus précis : je ne laisse pas mon orgueil parler à ma place, par contre bien souvent il me convainc de me taire :-)
SupprimerJe suis très susceptible, quand je me vexe il me faut du temps pour réouvrir ma coquille, mais elle se rouvre toujours.
Pour le reste il est grand temps qu'on discute de toutes nos divergences en les noyant dans un verre de Chablis !
T'es vraiment un poète hein ! Ha si j'avais 10 ans de moins ;) !
RépondreSupprimertu veux vraiment que je mette ma chemise à fleur pour te rappeler en musique que "quand on aime on a toujours 20 ans " :-)
SupprimerJ aime la sincérité ...
RépondreSupprimerAussi je m abstiendrai de commenter sur la tienne ...
Dommage Sophie, je serais curieux de savoir ce que tu veux dire par cette insinuation peu amicale..
SupprimerL'abstention est hélas une pratique à la mode, t'es sûre qu'il ne vaut pas mieux privilégier l'expression ?
Mon expression est partit a ton adresse email....
Supprimerahah ! c'est dommage, j'aurai bien aimé en savoir plus moi ! :-)
SupprimerLilitoune
J'veux du cuir, pas du peep-show du vécu...
RépondreSupprimerOui Anne, la mélodie de cette chanson m'a trotté dans la tête pendant la rédaction :-)
SupprimerBen dis donc pour une annonce de site de rencontres, c'est un peu long!! Faut pas dire tout ça Usclade..; Tu sais que tu veux du cul, pas te marier, ni faire des contrats de confiance... C'est beau mais c'est virtuel. Et on n'attire pas les femmes en leur disant à l'avance ce qu'elles pourraient bien faire pas sympa (ces salopes! lol!) : genre : rupture de contrat, gâcher une histoire...
RépondreSupprimerVaudrais mieux que tu "nous" (enfin, moi, je suis "hors jeu" parce que déjà je suis en vacances du virtuel et ensuite, je suis revenue à la "drague à l'ancienne") dise tout ce que tu pourrais apporter à la dame qu'elle n'aurait déjà ailleurs : la liberté!! (donc pas des "limites à l'avance, ni des conditions) et ensuite que tu laisses des portes ouvertes (ah, je sais... pas facile de faire ça). Si tu as déjà écrit l'histoire, à quoi bon la vivre? je te dis ça, parce que j'ai rencontré, un jour, dans ma vie, un mec comme ça : genre "je sais déjà tout ce qui va se passer... gnagnagna" ben ouais, ça s'est passé! rire!
Si on prend un amant, c'est pas seulement pour se faire coller au plafond, c'est pour rêver d'une autre vie... Ce qui engage une responsabilité chez les mecs, c'est vrai. Un mec qui te raconte d'emblée qu'il ne va jamais quitter sa meuf (même si c'est vrai) : arrivée à un certain niveau d'expérience, t'as qu'une envie, c'est de lui dire de rester devant sa télé, en effet.
bisous sincères et agitation de mouchoir : les vacances commencent vraiment demain!!
Buena suerte!!
Merci Cricri, pour tes conseils.. je crois que je vais finalement rester devant ma télé alors :-P
SupprimerRentre vite de vacances, je vais vite en avoir marre de la télé, moi...
on parle bien de libertinage là ? parce que le libertiner ce n'est pas rêver d'une autre vie (en ce qui me concerne en tout cas) ! c'est juste rajouter un peu d'imprévu et de plaisir, là où il y en a déjà ! c'est ma façon de voir les choses en tout cas.
SupprimerLilitoune
Eh il me remue ce texte. Pas forcément d'accord avec tout, mais certains mots résonnent comme des vérités évidentes. Etant un homme je ne sais pas si c'est attirant pour les femmes mais ça a le mérite de sentir l'introspection et la volonté d'être clair, honnete et humain. On y retouve tout l'univers qui transpire du blog de manière explicite ou entre les lignes. Pour ma part je n'arrive pas à rejoindre le commentaire de Christina. Je suis trop sensible à "l'épaisseur hûmaine" pour ne pas être séduit et pour ne pas avoir envie d'en savoir plus. J'ose espérer que c'est pareil pour une bonne part des femmes. Enfin merci de nous aider à mettre en mots des choses qui relèvent du ressenti et ne sont pas toujours aisées à verbaliser.
RépondreSupprimerMeilleurs chances à vous pour vos futures pérégrinations.
Pierre
merci Pierre, et bonnes chances pour les votres
Supprimerje crois effectivement que l'on n'est pas si rares à envisager des relations sous cet angle.
On peut continuer à "se raconter des histoires et se faire rêver", les vivre simplement c'est pas mal non plus..
L’orgueil, la politique de la terre brûlée...Voilà deux réalités qui sont si proches, certainement parce que l’une provoque invariablement l’autre...
RépondreSupprimerVotre ode vibre d’une infinité de sonorités, toutes graves et mélodieuses. J’ai eu cette agréable sensation d’entendre votre voix (intérieure) à mesure que chacun de vos mots s’égrenait, m’amenant jusqu’à vous.
J’envie celle qui en est la destinataire. Terriblement...