Chaque année c'est la même chose. Dès qu'il y a une journée complètement ensoleillée au printemps, j'ai du mal à reconnaitre les lieux. Ça fait presque irréel, pour ne pas dire artificiel. Arbres en fleurs, pelouses lumineuses, horizon dégagé. Plein de gens qui se promènent.
Une silhouette gracieuse attire mon attention. Une jeune femme avec des jambes de rêve qui vient dans notre direction. Quelle élégance. On dirait presque qu'elle sort d'un spot publicitaire. En général devant ce genre de cliché devant le petit écran je zappe. Mais là c'est en vrai, alors je regarde.
Derrière, à une dizaine de mètres, deux beaux mecs en costard semblent la suivre. Des golden boys beaux et bronzés. C'est sûr y a un tournage là. Un spot pour l'étroit Suisse ou Hubo Goss. J'vois pas de caméras. Une caméra cachée peut être alors. Non plus. Bon ben dans la vraie vie, y a peut être vraiment des gens comme ça?
Bon je me concentre sur la fille quand même. Mais je pense aux deux mecs parce qu'en même temps si c'est pas un tournage, je les envie de pouvoir se balader ainsi, par beau temps, dans ce sillage.
"T'arrête de mâter par la fenêtre, tu m'écoutes plus là !". Sa remarque agacée me ramène brutalement au boulot. "Tu mates quoi d'ailleurs?"
Me voyant gêné au point de ne pas savoir quoi répondre, elle s'avance avec malice à la fenêtre, convaincue de m'avoir pris la main dans le sac.
Coup de chance la fille n'est momentanément plus visible, passant derrière un bâtiment. Elle va bientôt réapparaitre en contrebas, mais pour le moment, on ne voit plus que les deux beaux gosses tirés à quatre épingles, qui bien sûr ne manquent d'attirer l'attention de ma belle.
- "Ah ben tu vois, prends en de la graine... Regarde cette belle allure"
- "Attend, ok ils ont de beaux costards, mais si ça se trouve c'est des gros nazes"
- "Ils ont pas l'air en tous cas... Tu as vu... Quelle classe !"
Bah oui j'ai vu. Je me demande même s'il n'y a pas là connivence avec la dame qui les précède, tant l'ensemble a du style. D'ailleurs mon corps ne s'y trompe pas. Déjà mon imagination emmène ce trio dans une chambre avec des persiennes qui mélangent ombres et lumières sur le corps de moins en moins habillé de la dame...
Laquelle réapparait justement en contrebas de notre bâtiment. Suivie de près par les deux gars qui semblent avoir profité du passage à couvert pour se rapprocher.
De plus près, leur standing impressionne moins.
Est-ce parce qu'ils ont les yeux rivés sur le postérieur de celle qui les précède et qu'ils sourient bêtement en simulant ce qu'on pourrait aisément qualifier de grimaces méprisantes et déplacées?
Je souris. Même si je suis mal en me disant que moi aussi je suis mâle.
Nous sommes parfois le théâtre de drôles de réactions chimiques.
Quel instinct de défense nous fait-il prendre ces postures de primates ou de fauve décontenancé façon Tex Avery? Faut-il que nous craignions les femmes d'une certaine manière pour se donner subitement en spectacle et transformer le plus petit troupeau en meute de teckels arrogants? Est-il dans les gênes du mâle de masquer à ses congénères les signes de son désir sincère pour la chose féminine, comme on masque une faiblesse, en la dissimulant sous une auto-dérision caricaturale, une désinvolture condescendante ou même une agressivité blessante projetée sur les dames?
Car oui, depuis la nuit des temps, l'homme désire la femme au delà de l'entendement, et bien souvent, quand l'amour lui est inaccessible ou inopportun, il lui fait payer au prix fort de sa haine ou son mépris l'existence de cet envoûtement.
Enfin, on est pas tous comme ça, hein ! Elle le sait. Là, le costard, ils se le sont taillés tout seul et m'ont bien rendu service.
"De la graine, t'es sûre?"
A mon tour de jubiler. Le costard ne fait pas le gentleman, c'est si bon de le rappeler.
Égalité.
Oui pour le pressing, finalement y a rien qui urge...
C'est vrai que l'habit ne fait pas le moine mais ..Un moine sans habit ...Qui nous dit qu'il est moine ?
RépondreSupprimerUn gentleman avec une casquette et un blouson à boutons dorés restera t'il gentleman ? pas sur !
Il est loin votre pressing ? :P)
je connais une histoire qui parle de printemps, de montée de sève, de choses comme ça
RépondreSupprimerc'est à quoi je pense en vous lisant... sourire
j'aime assez l'analyse des derniers paragraphes. Une forme de lucidité qui vous honore vu vos hormones mais qui ne vous dédouane pas du port du costume de temps en temps. Moi, un homme en costume, s'il est bien taillé (le costume) je trouve cela attrayant, attirant même si sous la chemine de coton égyptien et les boutons de manchettes, le gars n'est plus si beau ! C'est comme l'uniforme. Ah, l'uniforme ! :-)
RépondreSupprimerPlein de choses à savourer dans cette histoire, le déroulement, les jeux de mots, réflexions et rebondissements, j'aime beaucoup !
RépondreSupprimer"Le costard ne fait pas le gentleman" : et d'ailleurs, qu'est-ce qu'un gentleman ?
Si je savais traduire ce que je porte, ce que intérieurement je vis, avec autant d'aisance que celle employée dans tes écrits... Oh que oui, je repartirai sinon pour soixante années, mais sans doute encore si non-rappel, pour deux décennies à fond la caisse! Mais...
RépondreSupprimerTon billet si bien tourné en ce qui concerne la trame, le fond nous amène aussi à moult réflexions... J'apprécie fortement l'avant dernier paragraphe " Nous sommes parfois... ou son mépris l'existence de cet envoûtement."... L'aspect du mâle est fort bien traduit, ses rêves, ses envies, l'inaccessibilité parfois à ce désir divin, que représente pour lui, la femme... Alors, peur par timidité ou celle d'être envoyé sur les roses par l'éventuelle élue, peur du regard de ses proches, amis, et pire celui des membres de sa propre famille... Toutes ces règles et pensées moralisatrices, qui font que souvent l'homme ne sait plus quoi penser et encore moins avancer... Pourquoi? Il n'y a pourtant aucune honte à désirer, à vouloir approcher et surtout aimer. Oui mais, parfois la vie fait que famille fondée, vous n'osez plus dire, avouer le fond de vos pensées... Et si parfois vous le dîtes, vous vous faîtes injurier... Cela aussi, quelque part est inacceptable, surtout venu de celle (la femme) que souvent, je mets sur un piédestal. Je sais, il est nauséabond de s'appesantir sur le passé, mais parfois je regrette la belle insouciance de mes années tendres!
Delà, à jeter mon mépris ou ma haine sur les femmes... Que non! Même s'il m'arrive d'aboyer, je ne mords pas, dieu s'en faut... Au plus, j'éprouve de l'amertume retournée contre moi-même!... en me disant " trop con!"
Pour finir, en parfaite harmonie avec les dires d'Ambre " Le costard ne fait pas le gentleman" et puis, oui : qu'est-ce qu'un gentleman? Tant à dire, définir... Non pardon, redéfinir!
Bonne journée.
Oui il faut profiter du mondre petit bonheur réel...L'intitulé de votre blog, m'a mise en appétit...permettez-moi de goûter votre blog...
RépondreSupprimerNous craignons les femmes car, comme tu le dis, nous les aimons plus que de raison et nous savons qu'elles, elles seules parfois, sont capables de nous la faire perdre...
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