Je l'ouvre et commence à regarder les photos de voitures rutilantes chevauchées par des poupées improbables, échappées sans doute d'un célèbre calendrier destiné à vendre des pneus.
Je dois être fait d'un drôle de bois, d'une mécanique atypique, car tout ça ne me fait aucun effet.
Je pense à mes collègues qui, l'année dernière, sur un coup de tête, sont partis faire la queue pour admirer ce genre de créatures au
Me voilà en train de méditer sur le plaisir que l'alliance visuelle de la femme plastique et de la voiture mécanique peut procurer au mâle. Avant même que je puisse élaborer la moindre hypothèse, la voix douce d'une dame souriante me fait sortir de ces songes.
- Excusez-moi de vous déranger, puis-je m'asseoir ici?
- Mais bien sûr lui-répondis-je, en libérant le siège de quelques affaires qui débordaient.
- C'est vous que je dérange car vous comprendrez bien que dans ce wagon, je ne pouvais pas demander cela à quelqu'un d'autre.
- Je comprends bien, Madame.
- Tiens, vous avez de drôles de lecture !
Madame Boutantrin avait manifestement envie d'entamer la conversation.
- Eh bien, comme tout cela brille ! Voilà qui est tout beau tout neuf ! Cela vous fait rêver?
- Non pas vraiment... Cela m'intrigue et me fascine, mais ne m'émeut pas. Je trouve cela artificiel, superficiel et du coup assez curieux. J'aime bien les jolies filles, mais pas besoin de les voir allongées sur un capot. Les automobiles, ça m'indiffère.
Je suis plus train que voiture, en fait...
- Ah vous aussi? Nous sommes faits pour nous entendre alors...
Elle s'enfonça un peu dans son siège, et poursuivit
- Moi, je me fiche des voitures neuves, je préfère être attentive et sauter sur les occasions, si vous voyez ce que je veux dire...
- les bonnes occasions sont tellement rares, ça les rend vraiment précieuses.
- oui c'est tellement plus agréable de compter sur elles pour se laisser aller, lâcher le frein à main, s'autoriser à déraper tranquillement sans appréhender l'éventualité d'un tête à queue..
- il est vrai que le train est un lieu tranquille pour la recherche de ce genre d'occasions, lui dis-je, en feuilletant le magazine pour arriver à la rubrique des petites annonces.
- nous pourrions en effet étudier ça ensemble, me dit-elle.
- avec plaisir, lui répondis-je.
- je recherche un véhicule peu ordinaire.
- vu le nombre d'annonces, fouillons un peu, il est possible qu'il y soit, lui suggérai-je alors que nos investigations nous rapprochaient inéluctablement.
- un véhicule suffisamment spacieux et silencieux pour profiter du voyage de bout en bout.
- comme ce wagon, par exemple?
- tout à fait... Et si possible bien sûr avec un accompagnateur dévoué, car lorsque le trajet est sinueux, que le train avance langoureusement entre tunnels et viaducs, j'aime ne pas être seule... Pour calmer mes impatiences... et pour du tunnel, apercevoir le bout.
- je pense que nous avons tout cela à porter de main, lui dis-je, à bout portant.
- voilà un bout de temps que j'attendais cette occasion, je crois que je tiens le bon bout ! me dit-elle, s'emparant de mon levier de vitesse soigneusement déballé et très correctement déployé.
- Madame, ne pensez-vous pas que nous allons être vus en ce lieu?
- C'est possible, mais hélas je pense qu'il y a peu de chance que cela arrive, nous sommes vraiment seuls dans ce wagon...
Savoureux !
RépondreSupprimerCa chante à mon oreille " souvenirs, souvenirs ..." et ..J'adore ! :)
Ah bah, elle n'est pas farouche la Boutantrain. Boutantrain, y'a comme ça des noms prédestinés. La poule et l'oeuf, éternel questionnement. Bouter : soutenir une poussée. Tiens donc, et en train encore ! Ah, sacré Usclade, vous me faites rire.
RépondreSupprimer@Chilina : des souvenirs? Je connais une adresse à fouiller de fond en comble pour essayer de les débusquer si je ne les ai pas encore lu, ou pour les guetter s'ils ne sont pas encore écrits :-)...
RépondreSupprimer@Gicerilla : ah ça non, elle n'est pas farouche ! (très souvent d'ailleurs, vous remarquerez que les dames qui évoluent dans l'imaginaire d'Usclade le sont beaucoup moins que celles qui évoluent dans son entourage. Allez comprendre...).
Remarquez Usclade non plus n'est pas farouche, et ça les dames sont fortes pour le deviner, avec leur intuition féminine... C'est pourquoi Madame Boutantrin n'a pas hésité une seconde avant de s'asseoir à ses côtés...
tiens, j'étais à Genève au dernier salon de loto, mais comme toi, quite à avoir les boules autant que ce soit pour autrechose qu'une grosse caisse...
RépondreSupprimerIls ne sont pas encore écrits ...:)
RépondreSupprimerQuel régal et subtilité...tous dans les sous entendus ..miam miam :-)
RépondreSupprimerLes bonnes occasions sont tellement rares, ça les rend vraiment précieuses....
RépondreSupprimerComme je souris à cette phrase.
Et bien entendu, pour savoir si l'occasion est vraiment "bonne" le mieux c'est de lui faire faire un petit tour de piste, ce serait dommage de se faire rouler!
Seuls dans un wagon...j'imagine bien.
Avec la peur au ventre de se faire surprendre.
moi aussi j'ai un souvenir comme ça,lors d'un long voyage de nuit, c'était entre deux wagons avec un bel allemand que je ne comprenais pas, je me souviens de son prénom, Jürgen, mais pas seulement...;-)
@photaphil : ah une longue croisière romantique en pédalo sur le Lac Léman, le rêve ... :-)
RépondreSupprimer@chilina : il est dans de mettre ces écrits sur les rails !
@crikette : les voyages, ça creuse l'appétit...
@Anis : bienvenue à bord... Ah les trains de nuit... Et je n'apprendrai rien à personne en disant que dans pareille situation la langue est tout sauf un obstacle ! ;-)
J'aime beaucoup le train également.... Mais je n'ai jamais rencontré de Monsieur Boutantrin ! Zut alors :)
RépondreSupprimerEn tout cas, j'adore la manière dont vous avez amené cette proposition flottante entre ces deux personnes....
@Metig : êtes-vous sûre que vous avez bien cherché? Avec mes yeux masculins il me semble qu'ils sont beaucoup plus nombreux que les madames. Mais peut-être ne suis-je pas objectif...
RépondreSupprimerJe ne cherche pas ! J'ouvre ma petite fenêtre, et je souris. Des fois il se passe quelque chose et des fois non ! Mais souvent, c'est que je me suis endormie alors !
RépondreSupprimerune fois ,j'étais assise à côté d'un charmant homme et je me suis endormie...j'étais étudiante et l'étudiante dort dans les trains :)
RépondreSupprimeret j'ai mis ma tête sur son épaule en dormant. j'ai dû trouver cela confortable car il ne m'a pas réveillé...
tu imagines ma gêne à mon réveil :)
(un bon souvenir, tendre)
Dita, assurément oui un joli souvenir, sans doute tout aussi doux et confortable pour lui, si ce n'est plus...
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