J'ai le profil type du drogué.
Enchaînements d'excès et d'abstraction.
Et parfois non.
Parfois je suis quelqu'un qui vit tellement dans ses émotions, que ce qu'il ressent dans le présent lui apparaît toujours comme une vérité éternelle. Que le temps présent lui apparaît comme un horizon indépassable.
Que l'instant d'après lui semble bien trop lointain pour s'y intéresser. Quelqu'un capable de mourir pour un instant de bonheur ou de plaisir intense. Qui ne dit jamais non à l'ivresse. Même si son passé ou son avenir lui implorent de refuser.
J'ai souvent entendu dire qu'il fallait mieux profiter du temps présent. Que l'on a toujours tendance à trop planifier, maîtriser, contrôler, et pas assez profiter. Chez moi, c'est pourtant du conseil inverse que je devrais m'inspirer.
Et me rappeler aussi souvent que possible, que de part et d'autre du "maintenant", il y a "avant" et "après", et que de tout ça on tire notre équilibre de chaque instant.
Du passé, on s'appuie sur notre instinct nourri de toutes nos expériences, sur notre capacité à traverser les épreuves et à se relever.
Du futur on tire l'oxygène qui nous fait avancer, l'espace qui nous attire à lui et nous fait tracer notre route pour jouir au mieux des "maintenant" à venir.
Belle lucidité, clé de l'équilibre, secret de la liberté que je vénère.
Lucidité parfois domptée.
Mais lucidité dilettante. Car le plus souvent, quand je veux m'extirper d'un présent trop envahissant, au lieu de prendre du recul, de m'aérer et regarder au loin, je me recroqueville et m'abstrais.
Et me voilà parti. Absent du présent.
Loin, très loin. Et pourtant proche, si proche.
Oisif dans un paradis artificiel. Fruit de mon imagination.
Un monde subtil, où l'érotisme est au coin de la rue.
Un monde frénétique aussi, de gros seins et de gros culs.
Endiablé d'arômes, embrumé d'encens,
De parfums de plaisir s'exhalant d'un brasier charnel.
Un monde de brutes dans de la douceur.
D'orgies lubriques et d'indécente candeur.
On pourrait croire que je ne peux en redescendre, que j'y suis trop accoutumé.
Et que je pourrais me consumer ainsi, à petit feu.
Sans doute jusqu'à la dose fatale.
Mais un je-ne-sais-quoi me réabsorbe soudainement, un réflexe du corps ou un sort du présent, pour me réexpulser au coeur de l'instant.
A grand cri mon corps me réclame de se frotter à un congénère, mon âme me susurre de vampiriser une âme soeur. Au point de me redonner l’énergie de me resociabiliser.
Prenez garde, je suis en manque.