Fouts-moi la paix et va baiser ailleurs !
Sonné par cette réaction prévisible, quoique sans précédent sur la forme, je me suis recroquevillé et en espérant que le sommeil m'anesthésie au plus vite de ma douleur. Douleur sournoise qui me contraint à la ruminer sans que cela n'accélère son élimination.
Le sommeil ne vient pas, donc je rumine.
On se croyait tiré d'affaire, nous voilà de retour à la case départ.
Dois-je partir en claquant la porte?
Je n'en veux qu'à moi-même. Comme lors de chaque attente infructueuse. Quand on attend de l'autre quelque chose qui ne vient pas. L'autre n'y est pour rien. Je suis vexé.
Je rumine ma vexation, me disant que mon orgueil froissé va vite se remettre. Mais derrière, mes réflexions ne débouchent que sur des perspectives encore plus sombres...
Ne rien attendre d'autre que ce que son partenaire a explicitement consenti à promettre. C'est le béaba des relations humaines, et je me suis encore fait avoir, et je m'en veux. On me rétorquera qu'il est légitime qu'un mari ait quelques attentes câlines de la part de sa belle. Je dois préciser que dans ce qu'on a mutuellement consenti, il n'y avait pas de devoir conjugal qui puisse s'apparenter à une corvée. Et il n'y avait ni obligation de fréquence, de moyens et encore mois de résultats. Je n'ai pas de droit de préemption sur son corps pour assouvir un désir non partagé.
Oui, je parle en langage juridique, car dans une relation tendue, de souffrance, le langage du droit se substitue à celui du coeur.
Il n'y a pas d'anomalie, pas de réclamation, le compte y est.
Un pur langage de comptable. Un langage adopté par précaution, un langage qui exclut toute émotion, car la colère est mauvaise conseillère.
Quand on aime, on ne compte pas. Dit-on.
Mais alors, quand on compte, c'est qu'on n'aime pas?
Oui, je ressens un manque d'amour à travers le manque de désir.
Quand on ne prend pas de plaisir à faire plaisir, c'est plutôt mauvais présage...
C'est bien cela qui me fait le plus de mal finalement. Pas les mots.
Les mots sont violents, c'est vrai, mais ils sont épidermiques. Une griffure de chat incontrôlée, un réflexe défensif dénué de pitié, qui traduit que ma douce n'est à nouveau pas dans son assiette.
Les mots sont des symptômes. Le mal est profond.
La situation se décante, progressivement.
Je retrouve un peu de lucidité.
Les émotions m'ont enfermé dans le moment présent, et là elles se dissipent, me libérant pour prendre un peu de recul.
Les causes de ce clash sont évidentes.
Oui le mal est profond. J'avais fini par l'oublier. Il a resurgi.
Comprendre qu'on vit une situation mécanique me rassure, sans pour autant me soulager, car je n'en ai pas la clé.
On a replongé sans le savoir dans la configuration de ces dernières années.
Pour moi une vie à l'air libre, mais avec une vie affective de prisonnier. Une sexualité de détenu. Condamné à un désir exacerbé par le manque sans jamais être désiré en retour.
Et pour elle, la voilà replongée dans son état de martyre, de victime persécutée. Le mal déforme ses perceptions au point de lui faire recevoir les moindres signaux qui la contrarient comme de véritables agressions extérieures.
Une histoire d'hormones, somme toute.
Des hormones en trop chez moi, qui me frustrent à m'en taper la tête contre les murs, des hormones trop rares chez elles pour stabiliser ses humeurs.
On croit être venu à bout de notre galère, on s'y retrouve à nouveau en plein dedans.
Le découragement est total.
Vu de l'extérieur, on a tout pour être heureux. Il y a juste cette dépression qui la mine et la frustration qui me ronge. Et l'une alimente l'autre, et réciproquement, et on ne sait qui est à l'origine de l'autre, c'est l'oeuf et la poule. Bref, le cercle est vicieux.
J'aime ma femme et pourtant à cet instant, la rupture me semble inéluctable. Les molécules d'antidépresseurs n'y feront rien.
Pour préserver nos santés respectives, il va falloir se séparer.
Claquer la porte.
Je suis resté paralysé, terrifié par cette perspective. Abandonner femme et enfants alors qu'elle est au plus mal? Juste à cause de mes gamètes tyranniques? Non, non, non...
Et devoir dire au revoir à mes enfants le dimanche soir, les larmes aux yeux?
Non. Non. Non.
C'est au dessus de mes forces.
Alors plutôt que de me précipiter dans cette période de découragement total, même si on joue avec le feu, je vais la prendre au mot, quitte à développer un zona...
Et je m'endors.
C'est intéressant de décortiquer tout ce qui a pu te passer par la tête à ce moment là.
RépondreSupprimerC'est assez rare de passer au dessus de son orgueil .Tu as réussi à ne pas t'arrêter à ces mots en ayant l'intelligence d'aller creuser un peu plus parce que je n'ai aucun doute sur l'amour qu'elle te porte. Vous avez une complicité que beaucoup de couple n'ont pas et tu peux être fière du parcours que tu as fait et elle aussi.
Ce n'était pas un manque de courage que de rester
je t'embrasse
et merci pour cette confiance
@Dita : merci, oui j'ai appris à la longue à disséquer la façon dont je réagis, et à accepter ces différentes phases, comme autant d'étapes nécessaires au retour à la "normale" en tous cas à retomber sur mes pieds avant de tirer des conclusions ou faire des choix qui nous engagent... Je dois vraiment remercier les personnes qu'on a croisées et qui nous ont appris à mieux nous connaitre, mieux nous comprendre, mieux nous parler, et dans le "nous" il y a avant tout ce qui concerne soi-même avant d'aller vers l'autre.
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