jeudi 1 décembre 2011

Tout, sauf l'essentiel...

Je suis un visuel. Né durant la décennie des 70's, quand l'image s'est faite télévisuelle.

Cause à effet, ou le contraire, je suis de la génération qui est entrée dans la puberté en guettant le programme du premier samedi du mois, minuit, pour apprendre à se débrouiller sur des ébats brouillés.
C'était déjà un exutoire à tout ce désir qui m'assaillait, du matin au soir, dans la vraie vie. Copines de classe au corps prometteurs, aux confidences faussement naïves, aux impudeurs intrigantes pendant les cours d'éducation physique. Premier émois inespérés, expériences chamboulantes.
Innocent comblé, chasseur complexé. Des hauts et des bas, et vice versa. Cruellement snobé, généreusement dévergondé.
Il n'y avait pas de quoi s'ennuyer sur la route vers l'âge adulte.
Mais de façon inconsciente, obéissant sans doute à la pression sociale et aux autres contraintes de l'existence, j'ai délaissé le réel pour étancher ma soif de luxure.

Petit à petit, la pornographie a été une évasion, une quête esthétique discrète. La croyance que c'était le traitement miracle pour apaiser mon appétence pour les corps féminin en proie au plaisir sexuel, sans pour autant avoir à m'exposer, sans faire de vague dans ce monde intimidant.
Un peu comme si, conscient de porter en moi le gène du nomadisme, j'étais séduit par l'idée de me contenter d'une dose hebdomadaire de "Thalassa" et "Des racines et des ailes" pour ne pas avoir à prendre l'avion.
(Il faut dire, à ma décharge que j'ai grandi dans les années 80, à l'heure où l'on a commencé à vivre sa vie par procuration, devant son poste de télévision).

Chaque nouveau film me faisait pourtant le même effet désagréable : excitation bien sûr mais overdose systématique. Coupe faim radical certes, mais qui me laissait sur ma faim.
Et paradoxalement, au lieu de laisser un écœurement durable, une lassitude logique, ça renforçait ma détermination à en voir un prochain, comme si j'étais à la recherche du Graal.

Alors au lieu d'être un antidote à ma frustration, ça en devenait le catalyseur.
Aucun des longs-métrages visionnés ne me satisfaisait.
Je ne demandais pourtant pas la lune. Juste des scénarios agréables avec des scènes érotiques excitantes, authentiques. Pas les pudibonderies aseptisés du dimanche soir sur M6, où les ébats simulés sont si surjoués, les corps si artificiellement animés, qu'on a l'impression d'assister à une retransmission d'un concours de patinage artistique aux jeux olympiques d'hiver. Ni tout le reste, le "hard", cet exercice de style où certes l'anatomie est enfin débarrassées de cache sexe, mais où elle est alors si déformée par le silicone et les gros plans, qu'on ne sait plus à l'issue d'un tel visionnage à quoi peut ressembler un corps humain dans son essence et son intégralité.

Trouver le film correspondant à mon idéal érotique. Telle était ma quête.
Patiente, lucide.
Laborieuse.
Arrivèrent même les années 2000, où Google et les téléchargements illégaux me donnaient enfin à tout le patrimoine pornographique de l'humanité. Ben oui, au XXIè siècle, il était enfin permis aux hommes de rester Mr Toulemonde, tout en vivant enfin pleinement leurs mâles déviances sur le grand marché planétaire gratuit du sexe multimédia.
Je ne pouvais qu'y trouver mon bonheur.

Hélas non, rien n'y fit. Ma quête resta vaine.
La seule chose que j'ai découvert, c'est l'étendue de la face cachée de l'humanité masculine, apparaissant enfin au grand jour grâce aux statistiques de google. Des siècles de tabous, de déviances contenues dans les confessionnaux et les bordels, soudain lâchés dans la nature. Sur la toile plutôt.
Qui explique peut être, sans trop que je comprenne pourquoi, que je n'aie pas trouvé mon bonheur.

La subtilité que je n'ai pas trouvée là dedans est-elle liée au fait que le mâle ignore tout de ses désirs et en soit encore au stade de la pulsion ? Je ne sais.
Le fait est que ce que je préfère dans les films pornos, c'est ce que je ne vois pas. C'est la scène coupée, le plan non retenu, la séquence toujours ignorée par le scénariste. La séquence, plus ou moins longue, qui, dans le réel, se déroule entre la fin du dialogue et le coït bestial. La scène où tout vacille. L'apogée du désir, fruits de la séduction, nappés de sentiments ou de complicité... le lâcher prise, le seuil où l'on bascule de la bienséance à l'indécence, puis où l'on glisse vers la bestialité.
Tout cela, rideau. Suivant. Réalité qui n'a pas lieu dans le meilleur des monde pornographiques.
Un peu de bienséance. Beaucoup de bestialité.
Pas de subtilité. Juste la suite, sans transition.

C'est acquis. La pornographie exhibe tout, sauf l'essentiel.
Sans doute le désir n'est-il pas télégénique. Ce n'est pas dans un tube cathodique ni une planche de plasma que je vais pouvoir le contempler.
J'ai donc abandonné l'idée de vivre du désir de substitution, de cet ersatz décevant. Pas possible de déléguer, mauvaise stratégie de penser qu'on peut externaliser. Faut assumer !


D'où ce blog.
D'où l'envie de sortir de la passivité. De ne plus être consommateur inerte.
D'où le partage, d'où le don.
D'où la liberté finalement mutuellement octroyée, mon épouse et moi, pour ne pas s'interdire de cultiver le désir quand il vient d'ailleurs. Quand on sent qu'il germe en nous, pourtant semé, chauffé et arrosé par un autre printemps.

Bref.
Verdict de platitudes et enfonçages de portes ouvertes.
Conclusion qui coule de source. Temps des poncifs et piétinage de lieux communs.
Mais passage obligé du téléspectateur blasé de Thalassa, Faut pas rêver et le Journal du Hard.

On est bien peu de choses et on ne mourra pas moins idiots. Les relations humaines sont vastes et très riches.
Elles vont de la bienséance à la bestialité.
Le média télévisuel restitue sans souci ces deux bornes. Pour tout ce qui est intermédiaire, j'ai fini par accepter de le vivre par moi même. Cet intermédiaire médiatiquement impalpable, c'est peut être ça l'érotisme.

17 commentaire(s):

  1. il est intéressant , très intéressant même. tu me replonges dans ces années là . cet écran qui me fascinait et ces moments d'érotisme que je guettais . L'autre jours, j'ai entendu parler de la playmate du collaro show ... :)
    et aussi les enfants du rock ,émission qui me mettait dans un état érotique à chaque fois et je ne sais pas pourquoi...
    on est de la même génération et même en tant que fille, j'ai le même parcours que toi...
    presque le même ;)

    tu aurais pu nous mettre un petit extrait de film érotique que tu affectionnes , non?
    :)


    je t'embrasse

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  2. @Dita: merci... si tu veux remonter le temps, attend-moi, je t'accompagne :-)

    (et pour l'extrait de film érotique, faut que je demande l'autorisation au protagonistes :-)

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  3. auX protagonistes
    (j'ai vraiment un problème avec le X !)

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  4. tu crois qu'ils vont accepter?

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  5. 1- Vous avez de la chance d'avoir une épouse qui partage vos points de vue.
    2- Aaaaaaah, la playmate du samedi chez Collaro... Une autre époque !
    3- Si vous trouvez LE film, faites m'en part, ça m'intéresse... :o)
    4- Très beau texte.
    Bonne journée...

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  6. J'aime bien ce que tu écris là.
    Merci pour ton blog et ses descentes dans le monde souterrain du coeur des hommes.

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  7. @Dita : on leur demandera de faire pour l'occasion un remake de Coco boy ! :-)

    @R : bienvenue ici et merci pour votre commentaire très structuré :-) Je note bien vos remarques et autres requêtes et en ferai bon usage, tout en vous souhaitant bonne nuit, car la journée fut belle mais touche fortement à sa fin à l'heure où j'écris :-)

    @estèf : merci beaucoup. Un monde extrêmement diversifié, voire complexe, je pense..

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  8. Bien qu'ayant au bas mot vingt ans de plus que toi, je me retrouve dans ce parcours initiatique du post pubère en quête de sexe, plus que d'érotisme, car je pense que cette notion prend tout son sens avec la maturité.
    Il faut noter au passage que le film de Canal + m'est appâru sur mon décodeur piraté, à l'âge où tu écris cet article, et avant, il n'y avait pour ainsi dire pas grand chose pour réellement partir en exploration !
    Il est possible aujourd'hui de trouver l'expression d'un véritable érotisme qui conduit à l'étreinte, tout en la suggérant ...
    C'est pourquoi je conseille encore et toujours la série Spartacus qui est un modèle du genre !
    Il n'y a rien de X là-dedans, et pourtant certaines scènes sont d'un érotisme torride, mise en scène au travers de corps sublimes ...
    En final, je pense que l'érotisme se vit au contact de la peau d'une femme, ou d'un homme, ne soyons pas sectaires, et que le X, voire le XXL, doit seulement flatter l'imaginaire, pour que le moment venu nous puissions jouir pleinement de la situation !

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  9. @Philo : effectivement mon épouse, qui n'apprécie pas du tout le porno à froid, m'avoue souvent que ça la fait fantasmer quand elle a besoin de booster son désir pendant nos ébats. Juste des scènes qu'elle a vues de façon accidentelle, et qui lui sont restées en mémoire. Alors que d'autres films que j'ai voulu visionner avec elle, que je pensais plus soft, l'ont vraiment rebutée et ne nous ont vraiment pas rendu service pour ce qui était de chercher un aphrodisiaque...
    Pour Spartacus, je ne connais pas du tout... Ma culture télévisuelle est très limitée en fait ! :-)

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  10. Tu tapes Spartacus dans Youtube et tu tomberas sur quelques scènes affriolantes de la série ... ;)

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  11. en fait usclade est sur you tube depuis plusieurs jours en train de baver sur son clavier.... merci philo, t'es un vrai pote :p

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  12. Whaouh, que dire de plus??????? J avais l'impression, en lisant ton texte, de juste lire ce que j ai envie de repondre à ceux qui me demandent pourquoi un bog erotique? à celles qui m ont demandé "mais que trouves tu dans les playboys/penthouses", ou, plus tard "dans la litterature de gare" ? ou à celles étonnées de trouver des liens d exhib ou de X soi disant amateur dans l historique de mon navigateur...Oui juste cette envie jusqu au degout qui vous laisse de plus en plus vite pantois et vide...jusqu'à la prochaine fois! Finalement, en dehors de la vrai vie, le seul vrai erotisme est il sans doute pour moi, dans la litterature erotique, qui, elle, laisse la place pour ce plan caché, pour cette vision fugace non prevue, qui ME laisse de la place en qqe sorte

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  13. @Dita et Philo: merci du tuyau, mais hélas, point encore de tels visionnages... Je vous attends encore pour descendre dans l'arène ! :-)

    @Enfant Gaté : merci beaucoup, ça me touche.. Oui on connait les mêmes enchainements... Et effectivement, les livres érotiques ont un pouvoir finalement bien plus "marquant". Le bouquin "Emmanuelle" que javais lu en cachette dans mon adolescence en le piquant dans la bibliothèque de mes parents est sans doute ce qui a le plus nourri mon imaginaire érotique (alors que le film, visionné plus tard, est si insipide à côté...)

    Et aujourd'hui encore, mon épouse a pu constaté mes déviances littéraires, lorsque connectée sur mon compte, Amazon (cet espion qui m'aimait un peu trop) lui a suggéré des lectures plus que sucrées et peu appropriée à la mission du jour consistant à faire des cadeaux de noel aux enfants.. :-)

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  14. Dans l'arène ?
    Je préfère le coin sofa et tentures, avec le vin qui coule sur la peau, n'est-ce pas Dita ... ;)

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  15. Je te lis mais non... je n'ai aucune culture en la matière et pourtant j'ai essayé de m'y intéresser, mais non... rien n'y a fait! quelques images et ça me filait la nausée! du coup, j'ai renoncé! je pensais que c'était parce que j'étais une fille... apparemment ça n'a rien à voir! :)
    par contre, je me demande si la littérature érotique ne me conviendrait pas davantage?!... mais alors là, quoi? qui? un truc qui déchire sa race tout en ayant du style?! si quelqu'un a une suggestion je suis preneuse! (j'aime bien le côté café philo de cet endroit! j'avais oublié! ;) )

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  16. @Philo : si tu agites sous mon nez la cape rouge de la Volce Dita, cela pourrait constituer une provocation fatale... Arènes ou pas, j'adore les scènes un peu olé-olé !

    @Rouge : ici tout n'est corps de raies, beautés, luxe, calme et voie lactée... Il faut donc venir plus souvent :-)
    Tu as essayé Françoise Rey? Elle est naturelle, spontanée, marrante... Moi j'aime bien...

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  17. Je n'ai absolument jamais rien essayé! absolutely virgin en la matière!!! Merci pour le tuyau! marrante tu dis?! tentée je suis! :)

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Prenez place, prenez position, faites échos, prenez faits et causes (ou le contraire) et puis jouons au bois et raisonnez mazette !....