dimanche 9 octobre 2011

Le coup de la panne...

A vingt ans, il m'est arrivé de faire le coup de la panne.
Complice de ma monture simulatrice, j'emmenais ma passagère sur des chemins de traverse.
Avec plus ou moins de succès.
Le septième ciel n'était pas toujours à l'arrivée.
Mais il m'obligeait à progresser dans la débrouillardise.
C'était prévisible, mais plutôt bien rôdé.
Le véhicule était fébrile, mais ma mécanique infaillible.
Ma copilote se laissait tomber dans le panneau.

Maintenant que je n'ai plus vingt ans, on pourrait penser que tout ça c'est de l'histoire ancienne.
Mais non.
Car de coup de la panne il est à nouveau question.
Cependant, l'âge aidant, je dois bien l'avouer, le coup de la panne se produit désormais à l'insu de mon plein gré...
Oh, point de griefs à l'égard du véhicule. L'âge aidant, disais-je, signe d'embourgeoisement, le véhicule est devenu infaillible : rien à voir avec les bagnoles d'occases de ma jeunesse.
Non aujourd'hui, c'est la mécanique qui me trahit. Ma mécanique intime.

Sans doute pour voyager loin n'ai-je pas assez ménagé ma monture. Mais peu importe.
Me voilà au pied du mur, la gravitation faisant remarquer à tous que l'instrument n'indique pas la bonne direction.
Pourtant le désir est là, tout semble fonctionner. Je ne sais pas ce qui se passe au niveau de la courroie de transmission. Sans l'aide du moindre cric pour faire prendre de la hauteur à l'ensemble, j'ai l'air tout penaud.


Alors me ressaisissant malgré tout, je dois faire mine d'avoir l'air dégourdi et m'improvise en mécanicien de fortune.

Première étape, me débarrasser de mon orgueil, si étouffant qu'il entrave tous mes gestes. Ensuite, me préoccuper de rassurer ma passagère avant qu'elle ne se sente obligée de me rassurer, moi. Occuper le terrain pour ne pas lui ouvrir une fenêtre par laquelle elle pourrait décrocher son téléphone et demander à Europ Assistance de se faire rapatrier sur le champ.

Je marche sur des oeufs. Non, lui promets-je, ce n'est pas lié à ce qu'elle a dit, ce qu'elle a fait ou n'a pas fait. Elle n'y est pour rien. Mais ne pas lui dire non plus que ça aurait pu arriver avec une autre (même si ça aurait été vrai). On ne va pas laisser à notre imagination le soin de spéculer sur des substitutions. Ce n'est vraiment pas le moment.
Ne pas s'appesantir non plus sur la fréquence de ce phénomène. Évoquer l'accident d'une rareté extrême lui mettra sous le nez l'injustice de cet événement qui lui arrive à elle et rien qu'à elle. Lui dire que cela arrive très souvent vous transformera à ses yeux en impuissant usé à oublier au plus vite.
Bref, ne pas faire que comme si de rien était. Mais ne pas en faire tout un plat non plus. Prier pour ne pas être trop à l'ouest, à défaut de faire preuve de subtilité.

Une fois le silence rompu avec ce protocole de communication digne des messages d'information de la SNCF, il est temps de passer à l'action. Place au silence à nouveau, et retroussons nous les manches.
Car finalement après tout, tout comme il existe bien la journée sans voiture qui nous rappelle tous les autres plaisirs des déplacements alternatifs, on ne va pas se priver pour explorer tous les autres chemins de traverse, hein?

Et là ça peut partir dans tous les sens.
Alors je ne vais pas me priver.
La belle en tous cas ne se fait pas prier.
Elle a accepté de prendre son mâle en patience.
Pendant que lui se démène tout feu tout flamme.
Dans tous les sens disais-je.

L'invitant aux joies du palais, lui faire constater que si l'étendard est en berne, il n'en est de même avec ma gourmandise.
Et moi de la toucher, à l'oreille. La suivre, au doigt et à l'oeil.
Me montrer mélomane. Après quelques arpèges délicatement prodigués un peu partout pour la faire vibrer en harmonie, jusqu'à en perdre la résonance, l'assaillir d'accords plaqués pour la pousser dans les cordes. Puis humer sa fleur à plein nez pour la garder le plus longtemps en bouche jusqu'à ce que l'ivresse se libère.

Point n'est besoin de se hâter, bien au contraire. Voilà une réparation qui gagne à perdurer. Point d'empressement à voir la situation se redresser.

Enfin, si, pour mon orgueil.
Qui se met justement en jubilation de voir le sémaphore envoyer le signal que tout de même, on a enfin remonté la pente. Le bon tronc à cou lisse s'est à nouveau redéployé.
On se retrouve sur l'autoroute bien connue où le piston entêté s'exprime sans états d'âmes dans la culasse bien huilée. Dans un doux ronronnement qui nous fera vite oublier les éparpillements du début.
C'est sûr. De quoi flatter mon orgueil, pas mécontent de s'éloigner de ces lacets sinueux dignes de la virtuosité d'un eunuque. Oui, un eunuque, ce martyr condamné à compenser son handicap par d'autres talents, et que mon orgueil admire tout en souhaitant ne pas être assimilé à lui.
Tout vient à point qui sait attendre, nous dit donc mon orgueil, gonflé par quelques bouffées de testostérones mal contenues. Bref, tout vient au point qui sait se tendre, pour résumer.
Ouf l'honneur est sauf ! croit-il au fond de lui même. De cet incident mécanique il ne restera plus rien au petit matin. Occultées, volatilisées, effacées par mes inoubliables chevauchées viriles...

Mais tandis qu'il pavane comme un paon oubliant sa panne, mon orgueil se voit à nouveau déstabilisé, désarçonné, dérouté, lorsque la belle, reprenant sa route solitaire au soleil levant, me glissera à l'oreille de sa voix sirupeuse : "Dis, la prochaine fois, tu me feras à nouveau le coup de la panne?"

8 commentaire(s):

  1. Hier soir, on parlait avec mon mari justement de la taille des sexes masculins et on reprenait l'éternel débat du " plus c'est gros et long , plus c'est bon? " lui me disant que oui ( ah bon ,t'as testé?? ^^) et moi lui disant que l'outil est important mais il faut quand même savoir s'en servir et qu'il ne faut pas se limiter qu'à ça...

    c'est un peu agaçant l'homme qui se réduit à " tu la sens ma grosse queue bien dure" !!! j'ai souvent envie de lui répondre, oui je la sens mais je ne sens un peu que ça , n'as tu pas autre chose à me mettre sous la dent ?

    honnêtement le coup de la panne est pénible à vivre pour une femme car elle culpabilise de ne pas être assez désirable, ou bandante!!! ( c'est le terme ,non? )
    ce n'est drôle pour personne mais je sais pas , ça ne m'a jamais empêché de jouir de plaisir. ça oblige peut être à passer par des chemins de traverse et souvent ceux ci sont très très agréables .

    tu veux que je viennes jouer le mécano?
    :p

    ton texte est très très drole . il est à relire plusieurs fois car j'avais loupé des choses à la première lecture!! :)

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  2. Comme tu as toujours la langue bien pendue, je n'ai pas douté un seul instant de l'issue de cette histoire :)

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  3. Charmant texte d'un homme qui doit l'être tout autant!

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  4. @Dita : autre chose à te mettre sous la dent? Tu mords pas, j'espère ! :-) Ok en tous cas pour une partie de mécano, quand tu veux :-)
    (pour la relecture, c'est normal, j'ai retouché plusieurs fois le texte après l'avoir publié, car je sais pas si c'était les conséquences de mes troubles, mais faut bien avouer que la version initiale n'était pas très claire ! :-)

    @Voli : je suis un homme très prévisible (sauf dans l'érection). Par contre même si j'ai la langue bien pendue, j'aurais bien aimé que ce sujet suscite plus de réactions. Hélas, peu de commentaires, point de débat : les langues, à mon grand regret, ne se sont pas déliées !

    @Une femme libre : bienvenue à vous et merci pour vos compliments (attention, je suis un coeur d’artichaut, si vous y allez trop fort vous allez me faire chavirer !)
    Charmant je ne sais pas, mais attentionné même dans l'adversité, sûrement, car mon désir lui n'a pas de panne.
    (Bon, dans la vraie vie je suis moins cérébral et perspicace que ce texte peut le laisser croire : quand je fais des câlins je ne pense à rien...je les vis tout simplement..)

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  5. Cher Usclade hélas, nous n'avons plus toujours la vigueur de nos 20 ans, mais une bonne dose d'expérience en plus qui permet parfois de trouver d'heureuses alternatives au coït.

    Chez l'homme, le désir est « visible », et cela nous plonge dans un grand désarroi quand le cerveau dit « c'est excitant » et que notre queue fait « bof ».
    Avec O***, par exemple, il me suffit parfois de sentir sa joue contre la mienne pour immédiatement bander comme un âne même dans un contexte non sexuel. Pourtant, quand à quelques reprises nous avons voulu faire les malins en club échangiste, il m'est arrivé de ne pas être en grande forme. Il ne s'agit donc pas d'un problème lié au désir que je peux éprouver pour ma partenaire mais de circonstances qui fait que notre corps (mais finalement notre esprit aussi) a envie d'autre chose. Le stress peut venir des conditions dans lesquels on se trouve, mais aussi de facteurs extérieurs (stress au boulot, dans son couple, ...) pas immédiatement reliés à la situation érotique et du coup plus difficile à expliquer.

    Pour l'instant, ça reste pour moi toujours exceptionnel et explicable, mais si ça finissait par devenir handicapant dans ma vie sexuelle et amoureuse, je pense que je regarderais du côté de la petite pilule bleue !

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  6. @CUI : pour moi hélas c'est plus souvent inexplicable qu'exceptionnel... Mais je me demande s'il n'y a pas du surmenage : il y a quelques jours je suis allé chez le médecin pour un certificat médical pour faire du sport (si, si, j'en fais), résultat j'avais 2 de tension et le coeur qui bat aussi lentement qu'un marathonien. C'est pas grave, mais si je veux ressembler un jour à Usain Bolt, je pars de loin là :-)

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  7. Et oui, Usclade, nous n'avons plus 20 ans! et je trouve cela bien difficile à gérer, source de stress, d'inquiétude à un tel point que je n ose plus commencer de caresses, de baisers, d'échanges érotiques, que lorsque je suis certain (ou presque) que la mécanique ne va pas me lacher... Exit, par exemple, les caresses matinales et cette traitresse d'erection matinale, bien dure pourtant, mais bien incapable d'amener à une qcque jouissance!

    Allez expliquer alors à votre partenaire, 15 ans de moins et un désir exacerbée, que non ce n'est pas que vous l aimez moins!

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  8. petite française27 octobre 2011 23:02

    ah... la mécanique des hommes, étrange et étonnante.

    (où on apprend que la partenaire d'EG est dans l'exacerbation du désir, woooooh quand même !)

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Prenez place, prenez position, faites échos, prenez faits et causes (ou le contraire) et puis jouons au bois et raisonnez mazette !....