Son interprétation est vraiment surprenante. Il a beaucoup de talent. Autour de feu tout le monde semble hypnotisé par ce bel artiste charismatique, à la voix et au visage gracieux, subtil mélange de finesse et de robustesse.
Je comprends qu'elle ait tenu à me le présenter. Sarah a l'air très amoureuse de lui.
Pourquoi nous chante-t-il cette chanson de Jethro Tull? Celle-là en particulier?
Coïncidence? Ou bien petit clin d'œil commandité par Sarah? C'est en effet la chanson qu'on écoutait en boucle, durant le dernier été de rêve qu'on avait passé ensemble, ici même. Été à la fin duquel elle avait prit la route pour découvrir le monde, ne voulant pas s'engager avec moi. Cette chanson ne pouvait donc que raviver des souvenirs brûlants, et de la tristesse aussi, celle de la rupture.
Ce n'est de toutes façons dans les habitudes de Sarah de mettre des gants quand elle a décidé de (ne pas) faire dans la dentelle... Ainsi à leur arrivée, je n'ai rien laissé transparaître, quand elle m'a demandé en souriant si ils pouvaient s'installer dans la chambre de la maison du triangle-verger. Cette fameuse chambre où elle m'avait fait découvrir le plaisir dans nos premiers émois d'adolescents.
Sarah, égale à elle même. Encore un de ses petits jeux déroutants et déstabilisants. Des allusions cruelles ou impertinentes, à la façon des piques dont elle use depuis toujours avec moi, par affection sans doute...
Sarah a grandi dans le hameau voisin, perché lui aussi à flanc de Cévennes, dans ces maisons encastrées les unes aux autres dans la roche. Dans ces jolis amas de schistes sombres et de granite clairs, égayés par les toits de terre cuite enchevêtrés, recolonisée depuis les années 70 par toutes sortes de communautés originales fuyant le tumulte aliénant des plaines. L'une d'entre elle hébergeait la maman de Sarah.
Sarah et moi, on se voyait chaque été et, arpentant la montagne comme chaque recoin des hameaux, c'est ensemble qu'on a partagé le plus de découvertes, fasciné que j'étais par sa façon triviale de se jouer des barrières et des jougs.
On s'est perdus de vue, tout en restant intimes. Si loin si proches. Comme peuvent l'être deux complices qui n'ont cessé d'alimenter des années durant une relation épistolaire platonique, sans fard, ni calcul. Des échanges aléatoires inusables, des quatre coins du monde, pour faire voyager nos contrariétés futiles ou graves, nos secrets les coquins jusqu'aux moins avouables, fruits de nos entrées en catimini, en dilettante et en parallèle... dans le monde des adultes.
Sarah ne m'a jamais rien épargné, et ne m'a jamais rien dissimulé non plus. C'est ainsi que notre tendre relation est devenue inaltérable.
C'est Sarah qui m'a suggéré l'idée de ces retrouvailles festives dans le hameau familial, et je lui en suis reconnaissant. L'appréhension s'est vite dissipée. Le plaisir et l'ivresse d'être ensemble sont si agréables, que je suis en train de passer une soirée comme je n'en avais pas connu depuis longtemps. Soirées aux effluves de chanvre braisé, envolées musicales, et rires sans entraves. Effervescence des retrouvailles d'une dizaine d'ex-adolescents à peine assagis. Le refrain de la chanson coule de source. Je suis bien.
I'm going back to the ones that I know,
with whom I can be what I want to be.
Just one week for the feeling to go
and with you there to help me
then it probably will.
Sarah me fait penser à une indienne. Elle a le visage un peu joufflu, la peau fine et cuivrée, de jolis yeux sombres rappelant ses épais cheveux noirs. Sa silhouette m'évoque une sculpture en poterie Inca. Je suis toujours sous le charme et me surprends à la contempler amoureusement. Elle est enjolivée encore par le rayonnement du feu de camps et un sourire de bien-être. Je n'ai pas le temps de regarder ailleurs qu'elle me surprend à son tour, et son sourire me fait le même effet qu'au premier jour.
La guitare s'est tue, à la faveur d'une baignade nocturne collective concluant par une fraicheur relaxante cette soirée chaude et bien arrosée. Alors que la plupart des convives sont partis se coucher, Sarah et son musicien reviennent me retrouver près du feu pour se réchauffer. Nous ne sommes plus que trois et Sarah discute longuement avec moi, tandis que son copain qui ne comprend pas très bien le français commence à montrer des signes de fatigue. Alors qu'il se lève, elle le retient en passant la main sous la serviette, et lui caressant les fesses, lui demande de rester. Ils discutent un peu et je vois que ses caresses se font plus coquines sous le pagne du monsieur. Je vois très clairement qu'il se met à bander et je suis troublé.
D'ordinaire je ne suis pas vraiment attiré par le corps des hommes. Mais cette scène me rappelle une autre scène, qui avait eu lieu le premier été passé ici sans Sarah.
Un soleil si écrasant que mêmes les baignades dans le bassin n'étaient plus possibles à certaines heures de la journée. Alors avec cet autre copain du hameau voisin, nous cherchions la fraicheur dans ces vieilles maisons en pierre désaffectées et nous discutions des heures, allongés sur le matelas poussiéreux de la chambre. Nos discussions étaient tôt ou tard polarisées par nos hormones. A parler de filles et de nos premières expériences érotiques, notre émoi devenait si visible qu'il nous apparut naturel de ne plus nous en cacher et d'échanger des caresses. Je me souviens d'avoir branlé plusieurs fois sa queue et c'était bien agréable. Pour une raison qui m'échappe, nous avons fait preuve de retenue finalement. En racontant cet épisode à Sarah dans nos lettres, j'ai fini par regretter de ne pas avoir connu la sensation de son sexe dans ma bouche. Comme si le désir pour ce sexe d'homme n'était arrivé que quelques années plus tard, dans le souvenir d'un moment rendu brûlant par le seul jeu de nos confidences...
Ce soir je ressens à nouveau cette forme de désir, pour le musicien. Un désir qui nait de son désir à elle. Je pense qu'elle le sait, qu'elle a tout prémédité. Je l'observe, elle, et me laisse troubler par le désir qu'elle lui porte.
Les baisers et caresses sont de plus en plus intenses. En accentuant avec son corps l'effet des sensations qu'elle a son contact, j'ai l'impression qu'elle cherche à me faire vivre tout ce qu'elle ressent, qu'elle me met à sa place.
Appréciant ce spectacle, mais plus assez lucide pour évaluer la pertinence de ma présence dans cette si singulière situation, je fais mine de me lever et de leur souhaiter une bonne nuit
- Oh non s'il te plait reste avec nous, me dit-elle, il y a si longtemps que nous n'avions plus partagé de temps présent, profitons encore de ces beaux instants... Je veux que nous "soyons" tous les trois...
"Être trois", pour elle, je sais bien ce que cela signifie. Ce n'est pas tant s'ajouter que se mélanger. Former un à partir de trois.
En disant cela elle se met à branler de plus en plus ostensiblement le sexe de son homme et accroupie, elle finit de se tourner vers moi, laissant tomber sa serviette de bain et écarte les jambes pour me dévoiler son minou déjà bien excité, inégalement éclairé par quelques dernières flammes résiduelles. Je vois ce minou sauvage et expressif, comme s'il suppliait ma bouche de venir le retrouver après toutes cas années pour le faire fondre, comme dans les rêves qui ne m'ont jamais quitté.
Sa bouche gourmande vient désormais de s'emparer de la magnifique queue gonflée de son étalon, et commence à la sucer goulument. De ses yeux elle m'invite à m'approcher d'elle. Alors j'abandonne sans lutter ce joli spectacle visuel pour offrir aussi à ma bouche un festival gustatif et sensuel. Je m'allonge doucement sous elle et lape sa chatte de toute mon envie. Je ne saurais dire si je bande encore, tant il me semble que mon érection à débuté au début de la soirée avec l'évocation de tant de souvenirs, et je ne ressens plus rien.
Tandis que je la butine par monts et merveilles, je ne remarque pas que soudain elle ne tient plus et se relève rapidement. A-t-elle joui? Je ne sais pas.
Elle me fait asseoir à mon tour et m'embrasse alors à pleine bouche tandis qu'elle continue à branler son compagnon, décidément bien résistant. En m'embrassant, elle m'amène tout doucement près de la hampe dressée du monsieur et c'est tout naturellement que cette queue participe à notre baiser.
C'est doux et chaud et je suis très excité par ce contact inconnu pour moi. Elle emplit bien ma bouche et j'ai l'impression que le plaisir électrise toute ma langue.
On reste assez longtemps ainsi dans cet étrange baiser à trois. Puis me voyant de plus en plus gourmand avec ce sexe toujours vigoureux, elle s'écarte tranquillement. Avant que je ne réalise ce qu'elle est en train de faire, elle m'a déjà pris à son tour en bouche. Délice suprême.
Le son des insectes nocturnes se mêle à des scintillements de lucioles et étoiles filantes de la nuit estivale. Mon plaisir mélange toutes les sensations.
Je repense aux paroles de Sarah dans une de ses lettres qui me parlent plus que jamais :
"Se libérer des normes et des interdits, ces barrières que l'humanité a accumulées en chemin pour se protéger des périls. Le temps passe. Les périls passent mais les barrières restent. Retrouver confiance en soi, en l'autre, démystifier les périls, renverser les barrières, retrouver la liberté. Juste savourer la possession de rien et le partage de tout, la distance infinie et la proximité extrême qui nous rendent permutables. Faire en sorte que la vie ne soit qu'une succession de découvertes et de premières fois"
Je suis beaucoup moins endurant que le musicien. Toute cette excitation a raison de moi. La chaleur de sa bouche ayant fait entrer les ondes de plaisir en résonance en moi, je sens les palpitations magiques commencer à crépiter. Cela me fait respirer de plus en plus fort et la voyant redoubler d'intensité, je comprends qu'elle ne craint pas que je me laisse aller jusqu'au bout. A mon tour je reporte cette intensité croissante sur le sexe du musicien. Cela a pour effet de le faire jouir finalement avant moi. Je laisse cette chaleur fluide s'évanouir dans mon corps sans chercher à en comprendre la saveur. Cette sensation inconnue déclenche à son tour mon orgasme abondant dans la bouche de ma complice.
Je suis bien et je pense que la sensation est partagée.
Un petit doute vient quand même hanter mon extase. Je me demande si elle a profité de mes caresses, si elle ne se sent pas trop lésée d'avoir tant donné à deux amants et peut être si peu reçu.
Avant que je n'ai le temps de lui poser la question, son sourire semble me dire qu'elle a été comblée, et que de toute façons, nous n'avons pas fini de d'éprouver toutes sortes de combinaisons, tous les trois dans le grand lit du triangle-verger...

Un souvenir d'adolescent resté en suspend mais confié à une amante, qui des années plus tard, se souvient et te l'offre ...Son plaisir a été cette offrande, et si je le ressens comme elle, te l'a donné, ça a du être très fort ...Donner est tellement violent, de cette violence qui rend les choses belles ... C'est aussi ce que j'appelle de l'amour !
RépondreSupprimerTon texte se lit comme une ode à l'amour !
Ouaouh ! C'est prenant, c'est magique, c'est émoustillant, c'est... tentant. Quelle plume ! Mille mercis pour ce superbe récit que je relirai probablement plusieurs fois
RépondreSupprimerMmmm, wow, quelle scène, quelle histoire ! En sus du plaisir immédiat, surprenant et multiple, j'imagine la sensation de "boucle bouclée", d'aboutissement de désirs retrouvés, devenus à vivre... ça m'inspire beaucoup !
RépondreSupprimerJethro Tull accompagne superbement ton récit !
Un... deux... toi.
RépondreSupprimer@Chilina : oui, peut être un ode à l'amour vertigineux, sans frontières, ni barrière...
RépondreSupprimer@Cassiopée : ton compliment me touche, je suis heureux que cela t'ai inspiré tout ça..
@Ambre : heureux que cela t'inspire, d'autant que cette inspiration thématique et musicale sur la géométrie du triangle a quelques reflets ambrés :-)
@Titia : et un et deux et trois héros? :-)
En passant par un bac à sable je tombe dans une tanière, et c'est pareil dans l'un et l'autre, beaucoup de talent visiblement.
RépondreSupprimerMmmmmmmmmmmhhhhhhh !! Usclade, j'aime intensément cette histoire-là ;) Encore une histoire de bouches. On tourne en rond, on n'en sort plus, mais c'est bien bon. Il me semble que je vais trainer mes guêtres un peu plus par ici dorénavant. Une idée comme ça, va savoir pourquoi ! Suis une fille étrange, par moments ;) Mille baisers de feu, pour ne pas dépareiller...
RépondreSupprimer@Bougrenette : bienvenue dans mes méandres et content de voir que tu apprécies mon petit gymkhana... Talent, je ne sais pas, mais envies originales oui, attisées par d'agréables influences.
RépondreSupprimerEnvie de parité aussi, en réaction à quelques navrants propos, misogynes ou homophobes, de bien tristes sires en souffrance qui trainent ça ou là..
@Cassandra : entre goulus, on aime bien tourner en rond, sans oublier de faire tourner le bouche à oreille ! Viens-donc ici aussi souvent que cela te chante (et j'espère que tu es toujours nue sous tes guêtres :-)
wouah... tu m'as emporté comme j'aime l'être...superbe récit .
RépondreSupprimerdu coup ,j'ai les jambes en coton :o)
Bonsoir Dita... Merci pour ton enthousiasme, et je suis content de voir que tu es rentrée de vacances plus aérienne que jamais ! :-)
RépondreSupprimerJuste... merci pour ce moment des plus agréables ! J'adore le passage où tu la dévisages.
RépondreSupprimer" tandis que je la butine par monts et merveilles"... il est des citations parfois qui font mouche! :)
RépondreSupprimerLire un texte sur un écran demande toujours plus "d'ambition" que sur du papier il me semble. Alors, motivée par ma paresse, voilà plusieurs fois que je passe sans aller au bout de l'histoire...Je viens d'y remédier et je ne le regrette pas. Effectivement, on se laisse entraîner dans cette histoire, dans cette intimité pour ne pas dire communion entre ces 3 êtres. J'aurais presque envie de dire que l'on a le sentiment d'y participer au moins un peu, grâce à vos mots...
RépondreSupprimerJ'espère qu'il y aura suite, puisque suite il y a eu :)
Une bien jolie atmosphère émane de ton récit... et quelles retrouvailles !
RépondreSupprimerPlaisir quand tu nous tient... *
RépondreSupprimerUn KisSSss ensoleillé... de vacances !
Chaud, très chaud, ça tombe bien, ici il ne fait que 27 degrés ! Bon, sans rire, j'apprécie particulièrement votre introspection et la tentative que vous faites de comprendre les mécanismes qui se sont mis en place et que vous n'avez pas rejetés sous couvert de morale, d'éducation, de préjugés. J'aime cette ouverture d'esprit sans pudibonderie ni hypocrisie. L'être humain est complexe et chercher à tout prix à l'expliquer, le justifier, le contrôler est un leurre et aussi une forme de reniement de ce qu'il est, il me semble !
RépondreSupprimer@Metig : vous m'avez cerné : contempler le doux visage d'une personne qu'on apprécie est un passe-temps que j'affectionne particulièrement...
RépondreSupprimer@Rouge : la citation fait mouche? Zut, moi qui croyais faire papillon ou abeille !!! :-)
@Flo : ravi que vous n'ayez pas perdu votre temps à nous rejoindre :-) et c'est gentil de m'encourager pour la suite, je n'y avais pas pensé, mais pourquoi pas...
@La Paresseuse : bienvenue ici et heureux que tu aies apprécié, voilà qui m'encourage également...
@Titia : merci de ton rayonnement, avec toi l'été semble toujours plus intense !
@Gi: les chemins de traverse sont des lieux où l'on se rencontre souvent, vous ne trouvez pas? :-)
Je ne viens pas assez souvent traîner ici...
RépondreSupprimerRécit délicieux et trouble, qui me fait rêver à des histoires qui seraient … spontanées (on a les frustrations qu'on peut !)
Joli billet qui me ramène sur les bords de rivières cévenoles. Je reviendrai.
RépondreSupprimer@CUI : ah si les frustrés de tous les pays voulaient bien (spontanément) se donner la main (et plus si affinités :-)
RépondreSupprimer@Riutord : merci bcp et bienvenue... ainsi donc vous avez flâné du côté des Cévennes vous aussi?
Merci de votre accueil.
RépondreSupprimerJ'y flâne depuis des siècles, des genets des plateaux aux bruyères des versants, des frais ruisseaux qui serpentent aux chaudes vallées profondes, où la rivière cévenole est, par essence, érotique. Ne trouvez-vous pas ?
Riutord
RépondreSupprimerdes siècles, dites-vous? Oui, les Cévennes sont une terre sauvage et savoureuse qui inspirent une certaine forme d'abandon...
Telles des torrents cévenols, mes lignées ancestrales descendent des plateaux pour confluer sous les châtaigneraies. Là-bas, je me sens imprégné de cette aventure séculaire...
RépondreSupprimerune jolie plume !
RépondreSupprimerps : j'avais lu un peu vite le titre et croyait que le texte s'intitulait "le triangle des mères-putes"...
bonne journée
Merci Amélie, effectivement j'aime bien les contrepéteries, mais celle là je n'y avais pas pensé (et puis j'aurais pas osé, quand même :-)
RépondreSupprimeroh, je suis sûr que tu serais capable d'oser, non ?....
RépondreSupprimer;-)